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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 12:31
 

Conseil de Communauté du 27 novembre 2008

Intervention de Slimane Tir, groupe des Verts, sur le DOB


Madame la Présidente, chers collègues,

Comment aborder ce débat d'orientation budgétaire sans évoquer la crise que le monde, l’Europe et notre pays vivent actuellement et qui va conditionner très largement l'avenir de notre territoire, de nos concitoyens, de nos entreprises, de notre établissement.


Le fait est que depuis le début de la crise, qui a commencé « marginalement » au travers de la bulle immobilière des subprimes, jamais, dans l’histoire moderne du capitalisme, les autorités monétaires ne sont autant intervenues sur les marchés monétaires pour refinancer les banques, plus de 2 000 milliards. Jamais les Etats ne sont autant intervenus pour recapitaliser des banques, des sociétés d'assurance et toute une série d’institutions financières, plus 3 000 milliards. Et pourtant la crise économique est désormais là. Elle va s’aggraver.


La crise financière a servi de révélateur à une crise globale qui voit converger crise financière, économique et écologique.


Cette crise est singulière et inédite. Elle ne peut pas s'analyser comme la conséquence de la seule dérégulation des marchés financiers.


Pour nous écologistes, elle n'est pas l'unique conséquence des politiques libérales. C’est d’abord la conséquence d’un productivisme effréné de nos économies qui mène simultanément à la crise financière et aux crises écologiques. La crise financière n'est qu'une face de la crise, l'autre face, c'est l'accumulation continue de marchandises, de capital qui atteint aujourd'hui des limites physiques, enrichit les plus riches, appauvrit les plus pauvres à l’échelle mondiale comme à l’échelle nationale.


La récession est là. Elle se traduit dans toutes les activités économiques et l’annonce de plans de chômage technique et de plans sociaux. Le chômage remontera immanquablement. Ne parle-t-on pas de 200000 à 300000 demandeurs d’emploi supplémentaires en France d’ici 18 mois ?


Nous avons besoin d’urgence d’un plan de relance de soutien à l’activité économique, à l’emploi, au pouvoir d’achat, comme le gouvernement a su le faire pour les institutions bancaires.


Rappelons ici qu’il a fallu près d’un an pour trouver 1,5 milliard d’euros pour le RSA et moins d’une heure, semble-t-il, pour trouver 3,5 milliards d’euros pour sauver DEXIA !


Nous pensions depuis longtemps que le développement par le commerce n'était pas durable.

Les nouvelles récentes MAPIC nous disent que de nombreux projets de développement commercial sur la Métropole et ailleurs sont remis en cause.


Les habitants anticipent la crise et ses conséquences en terme de perte du pouvoir d'achat, ils anticipent la montée du prix de l'énergie, ils n'ont pas besoin que les magasins ouvrent le dimanche, ils veulent des investissements dans les transports en commun, ils veulent que leur logement ne soit pas un gouffre énergétique. Ils veulent aussi être logés décemment.


C'est dans ce contexte que nous devons construire le budget de l'année 2009. Les arbitrages que nous allons devoir faire dans le contenu et le rythme des politiques communautaires seront sans doute douloureux, mais surtout éminemment politiques.


Nos priorités, rappelons-le, doivent être l'économie, le logement et les transports.


Les trois vont ensemble vers une amélioration des services publics, de la qualité de vie des habitants et de leur capacité à vivre ou de leur « pouvoir d'achat », vers l'emploi et vers une conversion écologique de la Métropole, et c'est sans doute là une des portes de sortie de cette crise :


L'investissement massif dans le foncier, le logement, l’organisation de la filière du bâtiment de la recherche technologique à l'artisanat pour construire une nouvelle ville économe en énergie.

Le développement de cette filière crée évidemment de nouveaux emplois non délocalisables, à la différence des politiques d'attractivité qui cherchent à attirer des entreprises pour qu'elles s'installent chez nous plutôt que chez nos voisins mais n'entretiennent pas un réel attachement au territoire.


L'investissement dans les transports est un enjeu considérable d'adaptation à la crise énergétique qui touche déjà les habitants les plus fragiles de nos villes : nous devons anticiper son aggravation, lutter contre la pétro-dépendance de notre territoire, c'est permettre à chacun de se passer de la voiture individuelle dans sa vie quotidienne par une qualité des services de transports collectifs à la hauteur de nos besoins.


Or, aujourd'hui, nous n'en sommes même pas là ! Aujourd'hui nous en sommes à essayer d'éviter la thrombose du métro en 2013, en engageant dès maintenant les investissements nécessaires. Mais nous verrons en janvier dans le débat sur les transports qu'il faudra prendre des décisions essentielles dans ce mandat.


En somme, nous souhaitons que notre collectivité reste fortement une collectivité d’INVESTISSEMENT !


Nos collectivités locales sont confrontées au désengagement de l'Etat à tous les niveaux, à une baisse des ressources, pour Lille Métropole notamment une baisse de la taxe professionnelle.


Mais les collectivités sont également fragilisées par les réformes en cours et celles en discussion, qu’il s’agisse de la Revue Générale des Politiques Publiques ou de mettre fin au « millefeuille territorial ». Elles sont, de fait, dans une incertitude paralysante sur l’organisation de certains services publics (la Poste, l’hôpital public, etc…).

Dans le même temps, on ne peut continuer de faire peser des charges supplémentaires et transférer des compétences aux collectivités sans leur donner les moyens de les exercer.


Sans revenir sur notre vote du dernier Conseil relatif au Grand Stade, tout le monde ici connaît notre position. Mais vous avez vu comme moi le rapport de la commission Grands Stades – Euro 2016 présidée par Philippe Seguin qui déclarait dans la presse cette semaine : « Par rapport à 1998 [car le rapport est critique envers l'organisation de la Coupe du Monde, qui a essentiellement profité au seul Stade de France], nous encourageons un système où l'on puisse éventuellement se passer d'un centime d'argent public ». En réalité, le rapport Seguin donne sa préférence à des stades financés sans argent public, excepté pour la desserte


Finalement, si cette crise peut avoir un effet positif, c'est celui de nous ouvrir les yeux sur le monde et dans la Métropole.


La croissance chinoise nous rappelle que la croissance européenne des trente glorieuses n’a pu se faire que grâce à une surexploitation minière de ses anciennes colonies. Le système économique actuel sur-consomme les ressources. Nous dilapidons le stock de capital naturel. Comme l’écrit pédagogiquement Jean Gadrey, « Pour l'instant, la banque mondiale des ressources naturelles continue à nous faire crédit, tout en commençant à modifier ses comportements de prêteur dont les actifs sont limités et fondent comme banquise au soleil. Quand va-t-on la recapitaliser pour sauver sa capacité à nous faire vivre ? »


Pour notre groupe, le budget 2009 devra tenir compte de ces nécessités pour préparer l'avenir de la Métropole en période de crise économique, sociale et écologique, nous avons, mes chers collègues, du pain sur la planche !

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