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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 00:14
 

 

A l'heure ou le gouvernement veut "mettre fin à la crise Guadeloupéenne" par la répression, le texte d'Harry Durimel nous invite à mieux comprendre les raisons et les enjeux de cette mobilisation dont nous devons être solidaire.

 

LA GWADLOUP Sé TAN NOU

 

Nous sommes tous à même de prendre la mesure de la profonde crise que traverse la GUADELOUPE. Ce qui explose aujourd’hui résulte de la conjugaison, depuis quelques années, de facteurs d’exclusion, de dépossession et d’injustice. Ma posture privilégiée, de membre du « LYANAJ KONT PWOFITASION », m’a immergé dans la réalité et la sincérité qui animent ceux qui coordonnent ce collectif.

Ma position de Conseiller Municipal m’autorise à donner mon éclairage sur les attentes réelles de ce mouvement social. Si la pression est mise sur les élus locaux, ce n’est pas parce que le peuple ne les aime pas, mais parce que le peuple attend de ses élus, qu’ils soient en phase avec ses aspirations et à la hauteur des enjeux de leur mission. C’est autour de la notion de représentativité que nous devons définir le champ et la portée des initiatives que nous, élus, sommes sommés de prendre.

 

 

  I- DE LA JUSTE COMPREHENSION DU MOUVEMENT SOCIAL

 

 Au-delà des centaines d’euros exigés, légitimement, ici et là, nous devons entendre et comprendre le slogan dominant résumant l’attente du peuple « La Guadloup sé tan nou, la Guadloup sé pa ta yo, yo pé ké fè sa yo vlé a dan péyi en nou ».

La réalité quotidienne renvoie le peuple guadeloupéen aux images douloureuses d’un passé, pas si lointain, où des blancs, commettaient contre lui, en toute légalité, les pires « pwofitasions ».

Face à cette position de vassalité qui perdure, le peuple reproche à ses élus leur incapacité à le préserver de l’exclusion qu’il subit dans son propre pays, sous forme de discrimination, de dépossession et d’injustice.

 

1. Exclusion rime avec discrimination

 La réduction du pouvoir d’achat entraîne les masses populaires vers une paupérisation limite du seuil de pauvreté. Les meilleurs emplois ne sont pas occupés par nous les « de couleur », parce que nous y sommes exclus. Tous les leviers du pouvoir, tant économique, qu’administratif ou judiciaire, sont tenus par des itinérants qui, n’ont même pas le temps de comprendre la Guadeloupe et les Guadeloupéens qu’ils sont déjà mutés ailleurs.

 

2. Exclusion rime avec dépossession

La crise sociale et sociétale majeure, que traverse la Guadeloupe, rappelle l’urgence de la remise en cause des rentes de situation et des positions monopolistiques de certains groupes. Le peuple se sent exclu du droit à l’accession à la terre, à cause de l’explosion des prix du foncier induite par la défiscalisation et une clientèle « hors sol » autrement mieux nantie que le commun des Guadeloupéens.

En outre il a le sentiment d’être spolié de ses terres les plus fertiles par leur empoisonnement au chlordécone. Après avoir vu polluer nos sols, nous allons voir polluer notre air avec l’installation d’un incinérateur en pleine agglomération, dont les coûts de construction et d’exploitation exorbitants vont rendre impraticable le PDEDMA récemment approuvé et auquel il n’est, au demeurant, pas conforme. Assisterons nous indifférents à cette nouvelle pollution ? Réagirons-nous à ce nouvel empoisonnement ?

 

Le rétrécissement constant de la surface agricole utile donne aussi un sentiment de dépossession par la perte de notre capacité d’auto-alimentation en raison d’une politique d’aménagement du territoire inadaptée à notre dimension insulaire et archipélagique.

Sous prétexte de développement du tourisme, on assiste à la privatisation, de fait, des plus beaux sites du littoral.

Dépossession également de notre biodiversité La France grâce à nous peut se targuer, en Europe, d’être au premier rang en la matière. Mais on assiste à des manoeuvres institutionnelles visant à priver les élus locaux de la gestion de cette richesse de notre territoire.

 Une dépendance énergétique savamment entretenue. Le combat pour des prix abordables de l’essence est une juste revendication, mais la véritable urgence est toute autre.

 La Guadeloupe dépend, pour vivre, de plus de 95% d'énergies fossiles importées : Pétrole et ses dérivés, Gaz de pétrole liquéfiés et Charbon de terre.

Toute aspiration au développement durable passe par trois priorités : L’autosuffisance en Energie propre, L’autosuffisance en Ressources alimentaires Et l'autosuffisance en Eau. Les paramètres environnementaux et climatiques permettent à la Guadeloupe d'atteindre ces objectifs.


II- POURQUOI CETTE DEFIANCE EXPRIMEE DANS LA RUE A L’EGARD DES ELUS LOCAUX ?


La retransmission en direct des négociations a mis à nu les pratiques illicites de la SARA, de grands groupes de la distribution, de l’import-export, et est venue conforter la défiance du peuple vis-à-vis de ses élus.

Le citoyen guadeloupéen est constamment mis devant le fait accompli, en l'absence de délibération et de consultation démocratique lors de l'élaboration des décisions politiques.

La confiscation du politique par des technocrates de passage, conduit à n'envisager l'action politique que sous l'aspect gestionnaire(efficacité et rentabilité), négligeant l'aspect politique, et la notion d'intérêt public

 Le constat est sévère mais à la mesure du désenchantement du peuple.

 

III- AVONS NOUS LES OUTILS LEGISLATIFS ET INSTITUTIONNELS POUR REPONDRE AUX ASPIRATIONS DU PEUPLE GUADELOUPEEN ?


 Les mesures de défiscalisation ont essentiellement profité à certaines castes et aux grandes entreprises comme la SARA, CIMENT ANTILLAIS, grosses entreprises du BTP, les banques, les grosses unités hôtelières, les gros contribuables hexagonaux et locaux.

Mais ces mesures n'ont pas généré de création d'emplois stables et durables.

Il faut, certes, répondre aux revendications immédiates de la population, relatives au pouvoir d’achat: augmentation de salaires, baisse des taxes sur les produits de première nécessité, gel des loyers etc.

 Mais il faut, à moyen terme, des mesures durables, permettant aux guadeloupéens de prendre en main l'économie guadeloupéenne et d’abolir ainsi définitivement ce système hérité du pacte colonial, dans lequel de grosses entités pratiquent des marges abusives.

Monsieur JEGO est-il prêt à envisager la nationalisation des groupes d'entreprises visées ci-dessus, puis le transfert de leur capital à des coopératives et à une banque d'investissement guadeloupéennes, dont le capital serait détenu par des actionnaires guadeloupéens et dont le contrôle serait assuré respectivement par l'Etat (Trésor Public et Chambre régionale des comptes) et l'IEDOM ?

Il y a lieu de s’interroger, à l'échéance de 2010-2012, sur l’adéquation du statut de RUP ou de PTOM, au sein de l’UE?

C’est sous cet angle qu’il faut chercher les éléments de réponse à la demande de protection formulée par la population de façon très audible, en ces termes : « La Gwadeloup sé tan nou, la gwadeloup sé pa ta yo. Yo péké fè sa yo vlé adan péyi an nou ».

La question d'un changement de statut est implicitement mais réellement posée.

En l’état, seul l’article 74 de la Constitution révisée permet de prendre : « des mesures justifiées par les nécessités locales en faveur de sa population, en matière d’accès à l’emploi, de droit d’établissement pour l’exercice d’une activité professionnelle ou de protection du patrimoine foncier »
La victoire du « NON », au référendum du 7 décembre 2003, n’a pas éludé le caractère complexe des liens qui nous incorporent à l’Etat français et à l’Union européenne en tant que RUP (région ultrapériphérique).
 Il y a nécessité et urgence de réunir les forces vives de la Guadeloupe, c’est- à- dire tous ceux qui, engagés dans les partis, les syndicats, les associations, les mouvements et réseaux civiques, militants, innovateurs ou entrepreneurs, veulent préparer l’avenir.

Un pacte républicain est en cours de refondation entre la Guadeloupe et la France. Et la Guadeloupe a besoin de la plus large mobilisation de ses enfants pour faire face aux effets dévastateurs de la mondialisation libérale couplée avec le désengagement programmé de l’Etat-providence.


C’est à nous, guadeloupéens, qu’il appartient de saisir cette occasion historique pour faire traduire en politiques publiques, les aspirations populaires. Nous devrons franchir au moins quatre étapes:

 

- Convaincre le gouvernement français de la légitimité du besoin d’émancipation et pas seulement de décentralisation.

 

- Rechercher, dans le cadre de la Constitution révisée et au-delà, les meilleurs outils et mécanismes juridiques pour parvenir à cette émancipation.

 

- Elaborer un projet de développement durable pour notre archipel.

 

Une fois défini, consensuellement, le niveau d’autonomie auquel nous aspirons, il conviendra de choisir nos représentants au sein des instances administratives.

L’heure n’est pas aux rivalités entre les hommes ou les partis politiques. L’heure est aujourd’hui à l’Union sacrée, par-delà tous les clivages, pour convaincre l’Etat français que nous sommes un « peuple » et non une simple « population », résidant dans une de ses possessions.

 

Dans tous les projets, toutes les déclarations d’intention et autres manifestes conçus avec soin par les différents partis, groupes ou personnalités, on relève une aspiration explicite à : plus de responsabilité, plus de pouvoir d’agir sur notre destinée sans rupture avec la France et l’Union Européenne.

 C’est donc, unanimement, une volonté d’autonomie qui doit s’exprimer au sein de la classe politique comme réponse à la très forte revendication identitaire émanant de la base, face au génocide culturel en cours, face à l’injustice, la discrimination, les abus de toutes sortes en matière de crédit, d’embauche, d’environnement...

La traduction institutionnelle de la revendication de responsabilité et de dignité doit être le fruit d’une alliance transversale, tissée par-delà le clivage habituel Droite/Gauche.

Aujourd’hui, les conditions sont réunies pour franchir un pas décisif vers notre émancipation. Nous pourrions reprendre le « Projet guadeloupéen pour une Nouvelle Collectivité Territoriale de la Guadeloupe » élaboré, par des partis et personnalités de tout bord, économistes, juristes, agriculteurs et personnalités diverses de la société civile, et qui a déjà fait l’objet d’un débat suivi d’un vote, lors des Congrès des 18 juin et 17 décembre 2001.

Aujourd’hui l’heure est grave. Nous les Verts–Guadeloupe, soucieux de rechercher la plus large Union possible face au gouvernement français, nous proposons de mettre en sommeil nos divergences, dans l’attente des confrontations électorales à l’occasion desquelles le pluralisme idéologique retrouvera sa place.

 Nous lançons un appel à tous les partis politiques, les syndicats, les associations, les étudiants, et, d’une manière générale, aux forces vives, en vue de constituer un front commun afin que le « Projet Guadeloupéen pour une Nouvelle Collectivité Territoriale » soit réactivé à la plus large majorité, lors d’un tout prochain Congrès à réunir de toute urgence.

Croyez, Madame, Monsieur, à l’assurance de mes sentiments distingués.

 

Harry Jawad DURIMEL

Le 17 février 2009  |

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Published by Harry Jawad DURIMEL
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