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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 15:31

Monsieur Slimane TIR

Président de l’Espace Naturel Lille Métropole

Fête du Parc de la Deûle

25 octobre 2009


Chers Amis,

Nous sommes réunis ici pour célébrer un paradoxe : notre métropole a remporté un nouveau prix du Paysage et, excusez du peu, un « Prix européen » ! Qui aurait pu imaginer cela et tenir un tel pari voici à peine dix ans ?

Notre paysage métropolitain est né de bouleversements  profonds : l’agriculture intensive, l’industrie, l’extraction minière, les guerres aussi…Nous n’avons pas été épargnés.

Nous avons été si peu épargnés qu’on en a oublié notre richesse géographique, géo-physique, naturelle, et notre réserve en biodiversité.

Les plaines du Ferrain, les collines de la Pévéle, même les vallées de la Deûle ou de la Lys ont été gommées, oubliées, remplacées, dans les représentations collectives par des canaux, des centaines de cheminées d’usine puis des zones denses d’habitat souvent médiocres.

Notre paysage est le produit d’une histoire économique et industrielle, d’une succession de mutations économiques, souvent violentes dans leurs aspects sociaux et leurs impacts sur notre environnement.

Dans les années 90, Lille Métropole Communauté urbaine a suscité une série de projet de reconquêtes paysagères afin de lutter contre l’extension urbaine anarchique, replacer la nature autour et dans la ville.

En 2000, nos 85 communes se sont ’accordées sur une vaste trame verte et bleue. Nous avons aujourd’hui 2 000 hectares d’espaces naturels dans l’arrondissement de Lille. Nous nous sommes fixés de multiplier cette surface par 5 au cours des prochaines décennies. C’est un défi dans une région où chaque mètre carré est âprement convoité.

Nous devons impérativement conjuguer économie, écologie et société. Nous voulons une nature présente, respectée, conquérante, irrigant les villes, imprégnant zones d’activité comme d’habitat.


Le parc de la Deûle a été et reste toujours notre laboratoire à idées, notre vitrine.

Quand certains prétendent qu’il faut tourner la page de 1968, nous répondons qu’ici est née l’idée d’un grand parc ! Hélas, la greffe échoua et il fallu attendre 20 ans pour que l’idée soit relancée par Pierre MAUROY.

Nos voisins de Wingles, Billy Berclau et Douvrin dans le cadre de la reconversion du Bassin Minier étaient passés à l’acte. En fait, Le Parc de la Deûle a été ébauché dans le Pas de Calais… vingt ans avant d’apparaître dans la métropole !

C’est ici, qu’en 1995, Pierre MAUROY a lancé le premier grand concours international de création d’un parc.

C’est toujours dans ce secteur, que la métropole a finalement abandonné un projet d’autoroute qui aurait mis gravement en péril notre ressource en eau, pour favoriser l’émergence d’un parc, grâce à la mobilisation de la société civile.

Avec la création du Syndicat Mixte Espace Naturel Lille Métropole et de la prise de compétence Espace Naturel en 2002, c’est une nouvelle vision et une volonté affirmée d’accélérer le mouvement, que j anime depuis cette date.. Martine AUBRY, présidente de LMCU apporte, clairement, un soutien sans faille à ce projet.


Le parc de la Deûle fut d’abord un pari sur la reconquête des paysages et la biodiversité. Ce fut aussi un long travail de communication et de négociation avec le monde agricole. Aujourd’hui, des instances de concertation inédites fonctionnent régulièrement tant avec les élus locaux qu’avec tous les acteurs de terrain.

Nous avons pu maîtriser 350 hectares en gestion directe. Un nouveau site d’une centaine d’hectares est actuellement en chantier sur Houplin Ancoisne et Haubourdin. Nous pouvons atteindre les mille hectares dans les toutes prochaines années en reliant nos sites métropolitains avec ceux du Pas de Calais.

D’ici moins de dix ans, nous pourrions relier Lille à Lens en traversant un parc sur plus de 20 kilomètres. Nous pouvons réaliser un parc paysager vivant avec une agriculture de qualité, qui soit aussi biologique, des zones de loisirs et d’habitat intégrées.

Ce parc pourrait s’étendre sur plus de 4 000 hectares si toutes les collectivités associent leurs efforts. Nous avons les solutions. Nous pouvons passer à l’acte ensemble en mobilisant la Région, les Conseils généraux du Nord et du Pas de Calais, en appelant une nouvelle fois à la mobilisation des fonds européens. C’est possible. Notre histoire récente le prouve.

Nous avons mis en œuvre une vaste politique de liens verts dans laquelle les canaux jouent un rôle essentiel. Voici quelques semaines, nous sommes venus à bout d’un colossal chantier : la remise en navigation des 28 kilomètres de canal de la Deûle à l’Escaut ! Là aussi, nous œuvrons pour changer le paysage au cœur des villes.

Le Prix du Paysage du Conseil de l’Europe est une consécration pour un patient et ardent travail de couture verte d’une métropole trop longtemps victime d’un développement non durable. Nous faisons école, nous apprenons aussi au contact de nos voisins européens.

Depuis une bonne année, mes collègues italiens, espagnols, portugais, belges et français m’ont fait l’honneur de m’élire à la présidence de FEDENATUR. Cette organisation réunit des gestionnaires de grands parcs péri-urbains souvent de plusieurs milliers d’hectares. A Milan, Rome, Lisbonne, Bruxelles ou Barcelone, il est impérieux de favoriser la restauration de grands espaces de nature trop souvent considérés comme de simples réserves foncières de l’étalement urbain.

Les parcs péri-urbains sont les oubliés des politiques européennes et des politiques publiques. Ils jouent pourtant un rôle essentiel dans la biodiversité, l’accueil des populations, l’image des grandes métropoles. Les cités de demain seront vertes,bleues, numériques et solaires.

Permettez-moi, enfin, d’associer à l’hommage de ce jour, les équipes tant privées que publiques qui contribuent, chaque jour à concevoir, gérer et développer cette trame verte.

Je salue ainsi la présence parmi nous de Jean Noel Capart et d’ Yves Hubert, architectes paysagiste et urbaniste qui ont cru au parc dès 1995. J’aurai aussi une pensée chaleureuse pour Jacques SIMON, l’un des plus grands paysagistes français, qui lui aussi s’est passionné pour notre aventure commune. Hélas, sa santé ne lui a pas permis d’être des nôtres aujourd’hui mais nous sommes nombreux à lui souhaiter un prompt rétablissement.


Il en va de même pour Monique SIX, et Yves COLETTE avec lesquels nous avons monté une collaboration active et durable avec le monde agricole.


Les meilleurs projets ne peuvent se réaliser sans une volonté commune. On peut trouver mille bonnes raisons de ne pas faire et d’habiller son scepticisme. Il faut du désir et de la persévérance pour trouver mille raisons de faire , mille solutions simples… pour faire !

Le parc de la Deûle n’est pas une œuvre technocratique, il est le résultat de passions conjuguées.

Elus, paysagistes, jardiniers, agriculteurs, enseignants, fonctionnaires, membres d’associations les plus diverses, vous y avez tous cru .

Nous avons ensemble réussi des transformations spectaculaires :

- Faire d’un champ de pneus, un marais vivant

- Réconcilier les agriculteurs avec les citadins

- Organiser des croisières sur la Deûle,

- Concevoir ensemble ce jardin d’hommes…qu’est MOSAIC, le Jardin des Cultures.

Ces jours ci, nous enterrons une route à Haubourdin pour donner plus de place encore à la nature. C’était un choix impensable voici encore quelques années !

Vous avez été, toutes et tous, des acteurs de ce changement. Vous êtes toutes et tous les lauréats de cette distinction européenne. C’est pourquoi, nous le partageons aujourd’hui de façon festive.

Notre effort continue. Nous entamons un nouveau mandat sous la présidence de Martine AUBRY avec une ambition clairement affichée : conquérir, créer et gérer plus de 2 000 hectares supplémentaires de trame verte sur la métropole et mettre en œuvre 250 kms de voies vertes pour les relier. C’est ambitieux mais à la mesure de ce que nous avons pu réaliser à ce jour.

Nous sommes résolument engagés dans une politique verte et bleue qui, pourtant, ne représente qu’un pour cent du budget de la communauté urbaine de Lille. Vous le constatez encore une fois :

Préserver la Nature vaut bien plus qu’elle ne nous coûte…

MERCI

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Published by Slimane TIR - dans Espaces Naturels
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