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6 novembre 2010 6 06 /11 /novembre /2010 16:08

  Ce samedi 6 Novembre 2010 au FRESNOY, à 21 Heures

 

  http://maghrebdesfilms.fr/Lettre-d-information-du-3-novembre

  http://maghrebdesfilms.fr/Le-programme-en-province

90 mn, Maroc, 2007

Titre original Finemachiyamoché

Réalisation et scénario Hassan Benjelloun

Avec Simon Elbaz (dans le rôle principal de Shlomo), Rim Chmaou, Ilham Loulidi, Abdelkader Lotfi, Hassan Essakalli, Mohamed Tsouli...

Synopsis Au début des années soixante, après l’indépendance du Maroc. Quand Mustapha, le gérant du seul bar de la petite ville de Bedjaad, apprend que tous les juifs partent, il panique. Si tous les non musulmans quittent la ville, il sera forcé de fermer le bar. C’est la loi… Comment, dès lors, éviter la fermeture ? S’ensuivent une galerie de portraits populaires, tous plus chaleureux les uns que les autres, et une comédie savoureuse.

Une rareté dans le cinéma marocain, en particulier, et plus encore dans le cinéma arabe, en général.

La sensibilité de l’histoire

Où vas-tu Moshé ?, de Hassan Benjelloun, sortie en salles le 9 juin.

par Antoine de Baecque

Voici un film d’histoire beau par ses détails. Un déhanchement de danse du ventre, un vieil homme qui joue du luth, une photo jaunie d’ancêtres, une torah posée sur une mosaïque arabe, un sourire maquillé de rouge à lèvres, un bout de tissu mauve, un verre de bière sans mousse,…Car tous ces détails représentent précisément l’attachement au passé, à une civilisation, à une culture, qui se révèle le moteur historique du film de Hassan Benjelloun.

Nous sommes à Bejjad, bourg des hauteurs de l’Atlas marocain, en 1963. Le pays est indépendant depuis peu, Mohamed V règne, les Français sont partis. 300 000 juifs vivent là, dans les grandes villes comme Fez, Meknès, Marrakech, mais également dans les petites communautés plus reculées, tel Bejjad.

Des juifs qui n’ont jamais connu que leur village : ils sont artisans, commerçants, médecins, enseignants, pharmaciens, rabbins, et ont créé sans forcément le savoir, mais avec une sensibilité synchrétique étonnante, une culture judéo-maghrébine aussi vivante que vibrante.

Art des couleurs, des saveurs, des odeurs, des langues, des musiques, du mouvement, sa sensualité s’exprime dans ce film à travers mille ornements. Et la première qualité d’Hassan Benjelloun consiste à savoir regarder ces multiples signes d’une culture raffinée et chatoyante sans jamais s’appesantir ni fabriquer du cliché folklorique.

Depuis 1948 et la création d’Israël, des organisations sionistes font passer clandestinement des familles entières du Maroc vers le nouvel État. Avec la décolonisation, ce mouvement s’accélère. L’exil est désormais massif, profitant aux musulmans qui rachètent à bas prix les terres, les boutiques, les maisons, les biens, et occupent vite les places laissées libres. Il n’y a pas de politique anti-juive mais une arabisation pratique et concrète.

Les juifs partent pour Israël, mais aussi la France, les États-Unis, le Canada, emportant leur culture dans une valise, laissant sur place une part d’eux-mêmes qui les rattrape vite, tout en demeurant à jamais perdue : la mélancolie.

Le héros d’Où vas-tu Moshé ? s’appelle Shlomo. Il est horloger, mais également musicien, jouant de son luth pour faire danser et chanter les habitués du bar de Mustapha, là où musulmans, juifs et français ont longtemps cohabité dans l’amour de l’ivresse, de la musique, des conversations et des amitiés de la nuit. Tous les juifs partent, sauf Schlomo, qui n’arrive pas à quitter Bejjad, sa ville pour toujours, ni ses amis, à la vie à la mort. Il a laissé partir sa femme et sa fille, Rachel, qui ont gagné Israël après un long voyage en bus, en barque, en bateau, où ils attendent — et déchantent — dans un camp d’arrivants, que le pays de leur rêve veuille bien d’eux. Mais les émigrés d’Europe passent d’abord et ils se retrouvent citoyens de seconde zone.

A Bejjad, cependant, Shlomo trouve un rôle en or : il est bientôt le dernier "non-musulman", permettant en cela au bar de Mustapha de rester ouvert — un article du code civil marocain l’autorise —, malgré les pressions moralisatrices du conseil municipal et des autorités religieuses qui voudraient fermer au plus vite cet espace d’interdit où se débitent toutes sortes de boissons alcoolisées.

Choyé et protégé par les uns, qui ne veulent pas renoncer à cette douceur de vivre judéo-musulmane, vilipandé et poussé à partir par les autres, qui voudraient rester entre eux, Shlomo hésite. Ce sont justement ces hésitations qui habitent le film et élargissent son nuancier de sentiments, de sensibilités, de pratiques, de gestes, d’habitudes, tout ce qui confère, ici, tant d’épaisseur à l’histoire et de densité à sa reconstitution, loin de tout manichéisme et de tout simplisme.

Rendons également hommage à Simon Elbaz, qui joue Shlomo, acteur tout en finesse, lui-même musicien et joueur de luth réputé : à lui seul, il incarne le Matrouz, ce dialogue musical et poétique interlinguistique et interreligieux. Il n’y a plus que 3000 juifs au Maroc, mais la culture si particulière de cette terre est encore vivante, essaimée aux quatre coins du monde. Où vas-tu Moshé ? parvient à la faire voir, presqu’à la faire sentir.

Antoine de Baecque, critique & historien du cinéma paru dans le magazine L’HISTOIRE de juin 2010.

 

 

 

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