Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Présentation

ZAPPING VIDEO

video Roubaix 2008

30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 02:05
La rupture du couple, facteur notoire d'exclusion ( LE MONDE 29.01)
 

Pourquoi un individu bascule-t-il dans la rue ? Des chercheurs mettent en avant la faiblesse des ressources, les conditions macrosociales (critères d'accès en HLM ou en foyer, coût des loyers dans le parc privé, etc.). D'autres citent les ruptures, vécues dans l'enfance et à l'âge adulte, à l'instar de "Personnes en détresse", étude réalisée en 2002 pour l'Observatoire sociologique du changement et la Fédération nationale des associations de réinsertion sociale (Fnars).

 

Ses auteurs, Serge Paugam et Mireille Clémençon, montrent que les exclus ont une probabilité plus forte d'avoir grandi dans une famille confrontée à de graves problèmes d'argent, d'avoir vu ses parents se disputer ou divorcer. Ils évoquent des difficultés plus personnelles dans l'enfance (problèmes de santé ou de scolarité, mauvais traitements, grand manque d'affection).

L'écart le plus important par rapport à la population concerne le placement dans une famille d'accueil ou en institution : près de 20% des personnes de leur échantillon ont été placées (1,9% en général). 30 % victimes ont subi des mauvais traitements et plus de 10 % des abus sexuels.

"Les personnes qui s'adressent aux services d'accueil, d'hébergement et d'insertion sont issues d'un milieu social assez modeste (…), mais ont surtout été proportionnellement plus souvent marquées par des difficultés et des ruptures dès l'enfance", concluent-ils.

"ÉPONGER L'INONDATION SANS SONGER À FERMER LE ROBINET"

Ces cassures fragilisent l'équilibre psychologique des individus et compromettent leur intégration sociale. Certaines difficultés apparaissent plus ou moins surmontables. Celles qui relèvent de l'environnement familial perturbé (mauvais traitements envers la mère ou la personne interrogée, abus sexuels) marqueraient plus durablement l'existence.

Adultes, les individus de l'échantillon étudié témoignent de difficultés variées : un tiers ont vécu l'endettement, un quart ont été condamnés par la justice, un cinquième sont allés en prison et un sur six a subi la mort d'un proche. 34 % disent avoir été victimes de violences et 21 % ont été soignés en hôpital psychiatrique. 27 % ont des problèmes d'alcoolisme et 23 % ont fait une tentative de suicide.

Au-delà de cette photographie saisissante, les auteurs appréhendent chronologiquement le processus de précarisation : rupture du couple, ennuis de santé et problèmes d'alcoolisme devancent souvent la perte de l'emploi et du logement. Les problèmes avec la justice et la prison viennent ensuite.
 Mais, parmi ces difficultés, celle qui les a fait basculer est, souvent, la rupture du couple.

Tous ces facteurs d'exclusion, liés à l'histoire personnelle, sont assez faiblement pris en compte par les politiques publiques en faveur des sans-abri. Dans son rapport, le jury d'audition de la conférence de consensus réunie par la Fnars en novembre 2007 soulignait les "faiblesses majeures" d'une politique qui "ne se préoccupe nullement de la manière dont se trouve alimenté le flux des nouveaux entrants dans la rue", se souciant seulement de "curatif sans se mêler de préventif ou, pour faire image, se contentant d'éponger l'inondation sans songer à fermer le robinet d'arrivée"

Partager cet article
Repost0
28 janvier 2008 1 28 /01 /janvier /2008 13:20
J'espére de tout coeur que votre demande aboutira et que mr MAUROY y apportera une suite favorable
 
encore merci
 
site internetemile-duhamel.fr
Partager cet article
Repost0
27 janvier 2008 7 27 /01 /janvier /2008 14:26
Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts, a estimé vendredi que l'affaire du trader de la Société Générale mis en cause dans une gigantesque "fraude" montrait "qu'on
arrive au bout d'une logique d'un capitalisme financier qui finit par marcher sur la tête".

"La logique de la mondialisation financière est potentiellement dangereuse, car elle désincarne les enjeux", a-t-elle déclaré à l'AFP.

C'est "la même chose quand on dit que l'objectif est la croissance économique pour la croissance économique", ajoute Cécile Duflot, qui juge que ce n'est "pas anedoctique" que cet événement arrive au moment de la remise du rapport Attali,"fondamentalement anti-écologique par essence".

"Dans ce genre de moment, on a toujours envie de dire  que c'est une faiblesse humaine, une erreur humaine, comme pour les accidents nucléaires. On hésite à mettre en cause le système qui a permis cela et le sens de ces transactions, leur utilité sociale".
La leader écologiste s'interroge sur le "sens de la machine financière et sa fragilité", "sur le mode de fonctionnement de notre système aujourd'hui et la globalisation", avant de plaider pour "un autre modèle de développement, de fonctionnement à l'échelle de la planète".


Partager cet article
Repost0
20 janvier 2008 7 20 /01 /janvier /2008 02:34
Sarkozy et la religion : retour aux traditions de l'ancien régime

Le nouveau coup de canif de Nicolas Sarkozy au caractère laïque de sa fonction est indigne d'un président de la République.

Que Sarkozy sorte son violon sur les religions en France devant des
chrétiens, des juifs et des musulmans était déjà inquiétant : parler de la France chrétienne, quand on est président de la République constitue déjà, sinon une bêtise si l'on observe la pluralité des croyances en France, mais une hérésie institutionnelle profonde, la
séparation de l'église et de l'Etat étant le pilier fondamental de notre démocratie.
 
Mais que, lors de son déplacement en Arabie Saoudite, il en fasse autant, son attitude devient une grave atteinte aux libertés individuelles et publiques.

Les Verts rappellent en effet que l'Arabie Saoudite est un des pays
dont la religion manipulée à merci par les autorités est un argument permanent de violences faites aux femmes, d'enfermements et de condamnations à mort. Or M. Sarkozy en vante les mérites devant les chefs religieux du pays !!!
  
Pour mémoire, les homosexuels y sont passibles de la peine de mort,
les femmes reduites à l'état d'esclaves , les minorités  - y compris religieuses - persécutées.
Faire l'apologie de la religion comme vecteur de paix contre la folie des hommes qui plus est, relève d'une amnésie inquiétante. M. Sarkozy a t-il oublié les guerres de religions?
La France est peut être très chrétienne à Neuilly, mais la France a changé, M. Sarkozy, depuis 1789 ! Elle se voit aujourd'hui riche d'une diversité  - y compris religieuse - dont nous aurions plutôt intérêt à renforcer les droits dans un souci d'égalité pour tous et toutes,  laissant de côté nombre de résurgences chrétiennes qui mâtinent encore
un peu trop nos écoles publiques.
 Les Verts rappellent qu'ils ne sont pas contre les religions, mais contre toute obligation à relever de l'une ou de l'autre et plus généralement contre tout usage politique et institutionnel qui en est fait.
 
Que tout-e citoyen-ne, quelles que soient ses convictions, religieuses ou non, soit égal-e devant la loi et la société qui l'entoure, doit rester au centre de la préoccupation de notre institution et de ses représentants.
Partager cet article
Repost0
15 janvier 2008 2 15 /01 /janvier /2008 10:52

Le taux de chômage des jeunes diplômés issus de l'immigration est trois fois plus élevé que celui de la moyenne nationale. "Paradoxalement, plus on a de diplômes plus le risque de se voir refuser à un emploi qualifié est élevé.C'est à partir du niveau bac +2 que la discrimination est la plus importante ". Cette réalité, qu'elle touche le domaine de l'emploi ou les stages en entreprise, est quotidienne. 
"Je suis le seul de ma promo, alors que j'en suis sorti major, à être toujours à la recherche d'un emploi " s'étonne ce jeune Supélec d'origine d'Afrique de l'Ouest. Certains recruteurs n'hésitent pas à procéder à un "tri" à partir du nom ou de la photo figurant sur un CV.
 D'autres prétextent que tel poste est déjà attribué, ou posent de nouvelles exigences exagérées (qualification, horaires...). 
"Malgré mon niveau d'études élevé, ce n'est qu'en réussissant à décrocher des rendez-vous  par mon réseau que j'ai réussi à trouver un poste. Mon CV seul, du fait de mon nom, n'a donné pratiquement aucun  retour", témoigne Peng Han Cheung, conseiller en gestion de risques financiers, récemment embauché.
La discrimination ne cesse pas nécessairement après l'embauche d'une personne d'origine étrangère. 
Elle peut prend différentes formes au sein de l'entreprise.
 Les tâches peuvent être "ethnicisées" : au même niveau de diplôme, certains occupent des  postes moins qualifiés (et donc moins rémunérés) que les jeunes d'origine française. 
Une personne d'origine étrangère ne bénéficiera pas des mêmes augmentations de salaire que ses collègues effectuant le même travail et sera systématiquement écartée de toute promotion dans l'entreprise.
 Ainsi, ce Togolais, formateur depuis huit ans dans la même entreprise, qui s'est vu "souffler" le poste de DRH par un "cadre blanc" externe.
 Sa direction prétend que son origine n'a rien à voir avec cette nomination."On m'a rétorqué que là n'était pas  la question, que je n'y étais pas du tout... sans pouvoir m'opposer d'arguments valables " témoigne ce formateur. 

Selon les données du Rapport 2007 du Bureau International du Travail, la réalité française des discriminations est particulièrement grave et  préoccupante. 
Les discriminations selon  " l' origine " dans les embauches en France, dans lequel figure le bassin d' emploi de l' agglomération lilloise


( extraits de la page 41 :
Le Tableau 16 ci-dessous propose un exercice de comparaison des taux de chômage entre les différents groupes de jeunes Français.es qui peuvent être distingués à partir du Recensement. 
"Sur les différents sites qui vont être testés, les jeunes Français.es par acquisition « d'origine européenne » rencontrent des taux de chômage comparables à ceux des jeunes Français.es de naissance, pendant que les jeunes Français.es par acquisition « d'origine extra-européenne » subissent des taux de chômage qui sont en général presque deux fois plus élevés........

Ces premiers résultats sur les taux de chômage indiquent l’existence de discriminations à raison de « l’origine » dans les embauches en France.
 Selon toute hypothèse, si les Français.es de naissance « d’origine extra-européenne » évoqué.e.s plus haut pouvaient être distingué.e.s des autres Français.es de naissance, pour être regroupé.e.s avec les Français.es par acquisition « d'origine extra-européenne », les écarts constatés dans les taux de chômage seraient plus importants encore.
 L’effet des discriminations à l’embauche en raison de « l’origine » est certainement sous-estimé dans les chiffres du Tableau 16.Une hypothèse que vont conforter les résultats des tests."

 

 

Partager cet article
Repost0
15 janvier 2008 2 15 /01 /janvier /2008 09:18

 Une archive très intéressante du Monde Diplomatique qui date de  Juin1997. Elle rappelle étrangement la campagne déclenchée en 2004 par les néo-réactionnaires et islamophobes de tout poil

Comment Roubaix est devenue une « ville à majorité musulmane »

TOUT commence le 2 mars 1996. L’hebdomadaire Le Point fait sa « une » sur les « banlieues de l’islam ». Le dossier de l’hebdomadaire est bâti à partir d’un livre qui vient d’être publié : Le Paradoxe de Roubaix, de Philippe Aziz (1). L’ouvrage, qui affirme que Roubaix est l’unique ville de France à majorité musulmane, précise que celle-ci est ainsi devenue « une cité-laboratoire exemplaire où cohabite, à côté d’une élite maghrébine cultivée et remarquablement intégrée, une grande foule d’exclus musulmans abandonnés dans des quartiers-ghettos où la police ne s’aventure qu’avec prudence, où les prédicateurs d’un islam radical gagnent chaque jour du terrain ». Ce serait là le paradoxe de Roubaix.

Partant de ce postulat (Roubaix, ville de France où les musulmans sont majoritaires), Claude Imbert, directeur de la rédaction du Point, donne le ton du dossier : le combat s’impose contre les intégristes qui saperaient la République. Dans l’éditorial de son hebdomadaire, il qualifie d’ « édifiant » l’ouvrage de Philippe Aziz.

L’introduction du dossier du Point annonce que l’auteur a mené « une vaste enquête » (qualifiée de « magistrale ») à Roubaix, « la seule ville de France à majorité musulmane ». Le dossier comprend un très long entretien avec Philippe Aziz, six portraits de musulmans extraits du livre, quatre encadrés (dont deux rédigés par Philippe Aziz) et la chronique de Jean-François Revel. Dès sa première question, le journaliste Christian Jelen répète que « 53 % des Roubaisiens sont de confession musulmane ». Jean-François Revel apprécie l’ouvrage de la manière suivante : un « livre qui restera comme une base de vraie sociologie, en rupture avec la sociologie ambiante, bavarde et idéologique ».

Dix jours plus tard, l’hebdomadaire Paris-Match entre à son tour en action. Il publie de longs extraits de l’ouvrage et affirme d’emblée : « Cette ville du Nord compte une majorité de musulmans. » En août et en septembre 1996, le journaliste du Point Christian Jelen (dans La France éclatée) et le journaliste du Figaro Thierry Desjardins (dans sa Lettre au président à propos de l’immigration) reprennent cette thèse à leur compte (2).

Cette donnée démographique, capitale, n’est mise en cause par aucun des auteurs cités. Pourtant, dès le lendemain de la sortie du Point - et du livre -, Pascal Percq, journaliste à Nord-Eclair et correspondant du Point dans le Nord, avait contesté la thèse de Philippe Aziz : « Il y intègre pêle-mêle Maghrébins, Français d’origine maghrébine, croyants ou non. Or il n’existe a priori aucune donnée sur les convictions religieuses de chacun. Tout Roubaisien d’origine maghrébine serait-il systématiquement musulman ? Enfin, pour la plupart, ces personnes visées sont depuis longtemps de nationalité française, voire nées à Roubaix  (3). »

Et le journaliste recensait d’autres erreurs : Philippe Aziz affirmait que le Front islamique du salut (FIS) algérien avait réuni 5 000 personnes lors d’un meeting à Roubaix, alors qu’on comptait à peine 400 participants ; la photo de couverture (des musulmans qui prient dans la rue) n’avait pas été prise à Roubaix, mais dans le quartier de la Goutte-d’Or à Paris...

Une semaine après la parution du Point, M. René Vandierendonck, maire de Roubaix, convoque la presse. Il établit que le livre de Philippe Aziz pratique « des techniques de manipulation et de désinformation »  : « Si nous prenons le total "étrangers + Français par acquisition" [c’est-à-dire ceux qui sont devenus Français par naturalisation ou mariage], nous obtenons un chiffre qui permet d’approcher la population étrangère. (...) Bien entendu, on nous rétorquera que le total "étrangers + Français par acquisition" ne prend pas en compte les personnes d’origine étrangère françaises de naissance, c’est-à-dire les enfants issus de mariages mixtes ainsi que les enfants nés de parents français et nés en France, soit les Franco- Algériens avant 1962. De plus, il faut ajouter l’importante communauté des rapatriés et de leurs familles. Aussi, l’Observatoire urbain de Roubaix prend comme référence les ménages. On considère donc que si la personne de référence, c’est-à-dire le chef de famille ou la personne la plus âgée, est étrangère ou française par acquisition, l’ensemble des membres du ménage sera considéré comme tel, ce qui est une approximation par excès... »

Et M. Vandierendonck précise : « Pour une population roubaisienne de 95 672 personnes recensées, on signale 6 028 Français par acquisition et 24 136 étrangers, soit un total de 30 164 personnes, soit 32 % de la population totale. Il faut cependant signaler que parmi ces étrangers, 63 % sont "hors CEE", c’est- à-dire notamment Algériens, Marocains, Tunisiens et Turcs. En prenant en compte ces 63 % d’étrangers et en considérant que, parmi les Français par acquisition les personnes d’origine étrangère hors CEE sont dans les mêmes pourcentages, on aboutit à un total de 25 000 personnes. Même en y ajoutant tout à fait par excès des erreurs de déclaration, en y ajoutant aussi éventuellement le renforcement du poids de la population d’origine étrangère de 1990 à 1995 ; en imaginant que puisqu’il y a 25 000 personnes étrangères ou d’origine étrangère, il conviendrait d’y ajouter 10 % de personnes en situation de clandestinité, donc, en prenant les choses très largement, on aboutit à un maximum de 30 000 personnes étrangères ou d’origine étrangère issues de pays hors CEE, soit 30 % de la population totale. »

Mais, concluait M. Vandierendonck, pour arriver à cette dernière proportion, il faudrait « décider que toute personne extérieure à la CEE ou tout Maghrébin est automatiquement musulman. (...) Même en commettant cette erreur, nous sommes très loin des 52 %-53 % ou 60 % annoncés par M. Aziz. Ce chiffre gonflé est la clé d’une désinformation, une manipulation, un mensonge. »

Après la conférence de presse, la presse locale se déchaîne : « Le livre qu’il ne faut pas lire » (Autrement dit), « Une caricature de Roubaix » (la Voix du Nord), « Escroquerie et manipulation intellectuelle » (Nord-Eclair)  (4). La presse nationale, elle, ne bouge pas. On l’a vu, Paris- Match publiera même des extraits du livre.

La mairie décide alors d’organiser un débat avec l’auteur. La confrontation, qui se déroule dans les studios de Fréquence Nord, est un dialogue de sourds. Interrogé sur les « 52 % », Philippe Aziz refuse de citer ses sources et parle d’un vague service de l’Etat qu’il refuse d’identifier. Aujourd’hui, il admet toutefois être incapable de dénombrer la population musulmane à Roubaix : « Je ne suis pas sociologue, statisticien ou historien. Je livre un témoignage à partir de ce que j’ai vu dans des quartiers de Roubaix. Pour moi, la vérité officielle ne reflète pas la réalité. » Ainsi, c’est parce qu’il aurait « vu » beaucoup de musulmans dans certains quartiers de Roubaix que Philippe Aziz s’est permis d’avancer le chiffre fameux... Confronté à ses autres erreurs, il promet une seconde édition. Roubaix risque de l’attendre : Plon, éditeur du Paradoxe de Roubaix, ne projette rien de tel.

« Quand on se promène à Roubaix, il arrive qu’on ne voie pas un seul "Blanc". Alors les gens se disent que les statistiques sont fausses et que Philippe Aziz doit avoir raison. Mais ils ne voient que les jeunes inactifs, qui sont souvent d’origine étrangère », explique M. Michel David, directeur général de la ville renouvelée et de l’éducation à Roubaix. « On veut que la réalité corresponde à notre système de représentation. On veut que ce soit plus vrai que vrai. Alors on force le trait », ajoute M. René Vandierendonck.

Le maire de la ville envisage un moment de faire un procès à l’auteur. Mais, désireux de ne pas faire de publicité à l’ouvrage, il préfère demander un droit de réponse. Lequel paraît dans le courrier des lecteurs du Point du 23 mars 1996, tronqué. L’hebdomadaire ne publie pas l’argumentaire cité plus haut, qui démonte la thèse de Philippe Aziz. Il se contente de donner la liste des actions menées par la municipalité de Roubaix pour favoriser l’intégration des étrangers.

Le 29 mars 1996, à Roubaix, une fusillade oppose des policiers du RAID à un groupe de malfaiteurs. La piste du terrorisme islamiste est aussitôt évoquée. Philippe Aziz est alors invité, comme « spécialiste », par les chaînes de télévision. Personne n’évoque les nombreuses réfutations de son ouvrage. Le Paradoxe de Roubaix bénéficie d’une appréciable promotion médiatique.

Pour lutter contre ce type de publicité, la mairie demande à des sociologues de faire leur propre enquête. En attendant qu’elle soit publiée, Christian Jelen et Thierry Desjardins ont eux aussi écrit que Roubaix est une ville à majorité musulmane. Et, pour avoir laissé entendre que des membres d’une famille roubaisienne avaient participé à une séance d’exorcisme qui avait provoqué la mort d’un d’entre eux, Philippe Aziz a été condamné pour diffamation (5).

Depuis quelques mois, Philippe Aziz est victime de sa propre thèse. Un tract signé de son nom circule. Il s’agit de la falsification d’un entretien publié dans Le Paradoxe de Roubaix. Ce tract veut affoler en affirmant que « Roubaix ville majoritairement musulmane à plus de 60 % » deviendra « une enclave musulmane indépendante ». Philippe Aziz nie toute responsabilité : « C’est une ignominie. J’ai porté plainte contre X... auprès du procureur de la République de Paris. »

Comment en est-on arrivé à tout cela ? Les journalistes locaux ont bien décelé les erreurs contenues dans le livre, mais ils n’ont pas été relayés par la presse nationale. De plus, aucun n’a souligné les liens qui existent entre Le Point et Philippe Aziz. Personne n’a relevé que le livre, salué par Claude Imbert et Jean-François Revel, était dédié... à Claude Imbert et à Jean-François Revel, « amis de toujours, qui furent à l’origine de cette aventure »  (6). Les pratiques éditoriales déterminées par la « règle » des connivences se généralisent dans la presse française, trop souvent protégées par la loi du silence de la profession. Christine Ockrent n’a-t-elle pas « autorisé » Serge July à dire devant elle, dans l’émission de télévision publique dont elle a la charge, tout le bien qu’il pensait de l’ouvrage qu’elle venait d’écrire ? Le Point est plus caricatural encore. Ainsi, en 1995, la sortie du livre de Claude Imbert et de Jacques Julliard La Droite et la Gauche avait été accompagnée d’un dossier de dix pages dans l’hebdomadaire du directeur du Point  (7).

Il y a quelques mois, Le Jour et la Nuit, le film de Bernard-Henri Lévy (chroniqueur dans l’hebdomadaire de Claude Imbert et du groupe Havas), fut un cuisant échec artistique et commercial. Mais il avait eu droit à un dossier complaisant de huit pages dans Le Point, plus la couverture (8). Moins de deux mois plus tard, le 29 mars 1997, c’est la publication, sous forme d’ouvrage, d’un dialogue entre Jean- François Revel et son fils moine bouddhiste qui a justifié (sous le titre attendrissant de modestie La confrontation bouddhisme-Occident) la « une » de l’hebdomadaire. Enfin, en mai 1997, L’Express, sous la plume de Jean-François Revel, et Le Point, tous deux propriétés du groupe Havas, ont salué élogieusement la sortie du dernier ouvrage de Claude Imbert, A Point nommé. Autant peut-être que le symbole d’une désinformation concernant l’immigration et l’islam, l’affaire de Roubaix a ainsi mis en lumière l’usage à des fins de convenance personnelle que certains journalistes font de leur espace de liberté rédactionnelle.

.Damien Roustel
Partager cet article
Repost0
15 janvier 2008 2 15 /01 /janvier /2008 02:17
24 décembre 2007


 
 
Journaliste au « Monde diplomatique », Serge Halimi fustige les connivences qui gangrènent l’indépendance de la presse. Et appelle le monde politique à sortir de son mutisme sur la question.
 
L’information est en grand péril. La multiplication des canaux par lesquels elle est diffusée est, la plupart du temps, inversement proportionnelle à la diversité de ses messages et de ses sources. 
Une tendance renforcée par la concentration de la presse en mains de puissants oligopoles et les connivences toujours plus étroites des journalistes avec les pouvoirs économiques et politiques. 
Seul ou presque contre tous, Serge Halimi s’emploie depuis de longues années à attirer l’attention sur ce qu’il considère comme une menace pour la démocratie.
 
De passage récemment à Genève à l’invitation des Amis du Monde diplomatique, le journaliste du mensuel français - pressenti pour en reprendre la direction, l’an prochain, après le départ d’Ignacio Ramonet- est venu expliquer les raisons comme les enjeux de son combat. 
Tout en admettant que ses analyses sont très centrées sur le cas français et qu’il connaît moins bien le paysage médiatique des pays voisins - particulièrement s’agissant de la Suisse - Serge Halimi considère comme « hautement pédagogiques » les dérives hexagonales. 
L’occasion de restituer ici quelques morceaux choisis de l’exposé de ce journaliste militant. 
Avec la conviction que nos lecteurs - s’agissant notamment du phénomène des gratuits ou de l’aide à la presse - trouveront dans ses propos quelques résonances aptes à franchir allègrement le Jura...
 
Une famille si soudée...
 
Le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy fêtait son élection au Fouquet’s avec les Dassault, Bouygues, Lagardère ou autres Alain Minc. « Une belle brochette, un précipité des collusions entre pouvoirs économiques, certains grands intellectuels, la presse et le politique. » Dans les semaines qui ont suivi, on a pu voir le président prendre dans son gouvernement deux ministres ayant épousé des journalistes, d’autres journalistes entrer dans des ministères comme conseillers, ou Sarkozy annoncer en primeur à un journaliste des Echos le nom de son prochain patron. « Ceci démontre que les choses ne sont pas complexes du tout, contrairement à ce qu’on aime à prétendre en venant expliquer qu’on ne peut analyser les médias sans démêler des liens complexes... 
Lorsque Edouard de Rotschild, après d’autres affaires, s’est intéressé aux journaux et qu’il a débarqué à Libération, il a commencé par virer Serge July et par enlever aux journalistes leur minorité de blocage. 
La presse n’est pas un monde à part : le patron de l’entreprise y dicte ses ordres. » Et dans ce monde là, souligne Serge Halimi, les grandes mobilisations sociales telles les récentes grèves de la SNCF ou la France d’en bas peinent à se faire leur place... « Bien sûr, les éditorialistes ou les présentateurs de TV n’ont pas à recevoir d’ordres de qui que ce soit : ils ont parfaitement intégré les consignes.
 La mécanique est assez bien huilée pour rendre inutile toute machination. »
 
Bidier Estoppey
Partager cet article
Repost0
11 janvier 2008 5 11 /01 /janvier /2008 11:50
Des noms de rues pour porter la mémoire des hommes et des femmes des cités populaires

Le 1er juillet 2004 à Marseille, le boulevard Jourdan prolongé a été officiellement renommé rue Mahboubi Tir, en hommage à un habitant du Grand-Saint-Barthélémy, dans les quartiers nord. Cette initiative, associant habitants et pouvoirs publics, témoigne d’une volonté de se réapproprier des espaces urbains dépersonnalisés, à travers un long travail de mémoire réhabilitant l’histoire des hommes et des femmes qui y vivent, et qui les font vivre. Au-delà de l’acte “commémoriel” symbolique, les associations regroupées autour de la Maison de quartier de la Busserine et du Comité Mam’Éga s’attachent à renforcer les liens intergénérationnels et intercommunautaires, notamment au travers de créations culturelles et d’actions publiques, pour mieux transformer la rage contre la précarité sociale ambiante en énergie positive.


 

Inauguration de la rue Mahboubi Tir, en hommage à un personnage marquant du quartier

Qui d’entre nous ne s’est pas, un jour ou l’autre, demandé qui était tel ou tel personnage dont le nom figure sur les plaques des rues, sans être toujours référencé dans le dictionnaire des noms propres ? Aujourd’hui, une plaque toute neuve du quatorzième arrondissement de Marseille indique : rue Mahboubi Tir, commerçant (1914-1997). Les habitants des quartiers nord de Marseille expliquent fièrement qui était ce monsieur. Petit épicier sans fortune originaire des montagnes de l’Aurès, il a ouvert une première boutique en lisière du bidonville à la fin des années 50, puis avec l’urbanisation galopante de tout le secteur il s’est installé en 1976 au carré de la Busserine. 
Les autres commerçants ont fini par partir, mais monsieur Tir, lui, est resté. En quarante ans, il a connu parmi ses clients plusieurs générations d’habitants : les gens des baraques, puis les nouveaux arrivants dans les cités, d’origine maghrébine, afro-antillaise ou comorienne.

Son magasin était un lieu de rencontre, accueillant à la fois les enfants et les anciens qui venaient jouer aux cartes ou aux dominos, tous respectueux de cet homme qui avait importé avec lui la fonction de juge des affaires civiles exercée par son père, cadi ou adjoint au cadi à Khenchela en Algérie. Dans la mémoire collective, monsieur Tir représentait la figure du sage, commerçant généreux mais exerçant aussi une certaine autorité. Comme l’écrit Karima Berriche, auteure du livre Monsieur Tir, un marchand de bien, il “s’est appuyé sur des modes citoyens issus de sa culture d’origine”.
Mahboubi Tir était ainsi un médiateur et un passeur. En assurant leur devoir de mémoire, pour transmettre une histoire des hommes et des femmes entremêlée à celle du quartier, les nouvelles générations espèrent aussi être à la hauteur pour prendre le relais.

 

Du bidonville à la “ZUP centre”, l’émergence d’une parole habitante

Tout d’abord, les acteurs socioculturels et associatifs parlent du “Grand-Saint-Barthélemy” pour désigner un ensemble de cités (Font-Vert, Picon, la Busserine, le Mail, les Iris, les Flamants, …), une dénomination officieuse par opposition à celle de “ZUP centre” des urbanistes. Dans les années 40, il y avait là des jardins ouvriers, dont les cabanes seront progressivement occupées par des Algériens, pour l’essentiel des soldats de la guerre 1939-1945 démobilisés et en attente de leur pension. 
Les délais se prolongeant, ils ont fait venir leur famille et le bidonville s’est étendu. Puis, de 1960 à 1975, près de 9 000 logements sociaux ont été construits pour reloger les populations du centre ville ou des bidonvilles ainsi que les rapatriés d’outre-Méditerranée. 
L’absence ou l’inadéquation des équipements scolaires et socioculturels vont en réaction provoquer l’émergence d’une mobilisation des habitants des cités, souvent emmenée par des femmes.

En 1969, Françoise Éga, écrivaine, arrière-petite-fille d’esclave, assure par exemple un encadrement religieux et scolaire pour les enfants et des étudiants antillais. Depuis 1988, le Comité Mam’Éga - nommé ainsi en son hommage - perpétue son engagement par la lutte contre l’illettrisme et l’exclusion. 
Madame Maaskri, elle, s’offusque de l’absence d’école dans la cité des Flamants. Avec l’appui d’autres parents, elle monte au créneau pour obtenir cette école. Elle accueille aussi chez elle les jeunes qui se retrouvent dehors depuis la fermeture d’un centre social vandalisé. La place des jeunes dans la cité devient en effet une préoccupation majeure.

Yaoulidi, mon fils !

Sur fond de chômage, la tension s’accroît, et le quadrillage policier est vécu comme une provocation. Le 18 octobre 1980, un drame va défrayer la chronique : le jeune Lahouari Ben Mohamed dit Houari est assassiné par le CRS Taillefer lors d’un contrôle à la Busserine.
 Quatre mois après, le 20 février 1981, Zahir Boudjellal, 17 ans, est tué par un “tonton-flingueur”, toujours à Marseille. Les familles des victimes vont réagir avec une très grande dignité, forçant au respect des jeunes au bord de l’émeute. 
Les mères et les sœurs s’imposent comme des figures du quartier. L’association des Femmes maghrébines en action (Afma) sera ensuite créée pour que justice soit rendue. Les jeunes aussi réussissent à transformer leur rage en énergie positive.
 Ils s’organisent. Leur club de foot nomme le petit stade des Flamants en hommage à Houari. Une petite troupe de théâtre, où l’on retrouve plusieurs membres de la famille Maaskri, démarre avec la pièce Yaoulidi (mon fils), toujours en hommage aux jeunes disparus. Et Mohamed Bouzidi compose une chanson du même nom. 
On assiste là aux prémisses d’un nouveau mouvement culturel initié par les jeunes issus de l’immigration, également perceptible dans d’autres endroits en France. 
L’association Ganacj se constitue alors dans la perspective d’un réseau inter-cités prônant l’autonomie des jeunes et le développement de créations culturelles pour contrecarrer les représentations dégradantes de l’immigration et de l’ensemble des habitants des cités populaires.
 Le départ depuis Marseille de la Marche pour l’égalité et contre le racisme en 1983 renforcera enfin le sentiment d’un nouvel espoir, accompagné par des programmes de réhabilitation du bâti et de nouveaux dispositifs publics associant davantage les habitants.

L’apport des chibanis et des chibanias dans une histoire commune

Le bouillonnement du début des années 80 va susciter de nombreuses vocations professionnelles, sociales et culturelles, avec pour épicentre les Flamants et la Busserine. Vingt ans après, bien des souffrances auront été soulagées. Les acteurs associatifs et les habitants ne cèdent pas pour autant à l’oubli. A l’occasion du Festi’quartier, la fête estivale tenue du 15 au 17 juillet 2004 dans ces mêmes quartiers, ils ont procédé à une marche symbolique en hommage à Lahouari Ben Mohamed. Une gerbe de fleur a été déposée sous la plaque commémorative accrochée au grillage du petit stade des Flamants
Karima Berriche fait alors part de sa désapprobation : la plaque ne porte que le prénom de Houari. Sa filiation est ainsi négligée. 
Un “oubli” qui, en l’état, vient contrarier les efforts actuels pour restituer l’apport des chibanis et des chibanias (les “vieux” en arabe) dans l’histoire commune
Elle réclame que figure le patronyme complet : Lahouari Ben Mohamed.
 Si le stade devrait être détruit dans le cadre d’une énième - et hypothétique - réhabilitation du quartier, elle annonce le souhait partagé qu’une nouvelle rue porte ce nom. 
Une revendication qui devrait à son tour être discutée lors d’une prochaine réunion de la commission des rues de la ville de Marseille.

 
Partager cet article
Repost0
3 janvier 2008 4 03 /01 /janvier /2008 13:50
Vous pouvez prendre ci dessous connaissance d' extraits  d' un rapport officiel  rédigé par l' Agence d' Urbanisme et de Développement de Lille Métropole et rendu public .
 Il situe bien le diagnostic du drame éducatif  de la population scolaire de Roubaix.
 Qu' on le veuille ou pas, il faudra bien regarder cette réalité en face.

ENTRE LES RENTRÉES 2000 ET 2004

1- RAPPEL DE LA SITUATION EN 2000 A ROUBAIX

Une population scolaire issue de milieux particulièrement « défavorisés »

A la rentrée 2000, avec une moyenne de 72% d’élèves issus de familles de PCS« défavorisées » (pour une moyenne de 45% dans l’arrondissement), les élèves roubaisiens sont issus de milieux particulièrement « défavorisés » socialement, financièrement et culturellement. Ces difficultés concernent la quasi totalité du territoire roubaisien. Le système scolaire accentue la concentration de ces difficultés.

Dès l’élémentaire, l’école prend en charge une population en grande difficulté

L’évitement de certaines écoles par les catégories les plus « favorisées » de la population est évident.
 Le milieu social d’origine des élèves des écoles publiques a tendance à
s’homogénéiser, en particulier dans les quartiers est de Roubaix.L’école est ainsi amenée à jouer un rôle social de premier plan qui dépasse son rôle habituel.

La concentration la plus marquée des difficultés dans les collèges publics

Dans le secondaire, les collèges publics, à l’exception du collège Baudelaire, ne retiennent que le public captif et socialement très « défavorisé ». Ces établissements accueillent ainsi un public très homogène (90% d’élèves issus de familles de PCS « défavorisées ») présentant des difficultés scolaires très importantes.
 Par ailleurs, il existe à Roubaix des établissements
privés très attractifs qui accueillent le plus souvent une population plus « favorisée » voire« très favorisée » (à l’exception du collège Sainte-Marie). De plus, s’ajoute l’importance de la question de l’intégration des populations étrangères dansune ville où l’immigration est un phénomène ancien et important. 
L’origine étrangère
n’apparaît pas en soi un frein à la réussite scolaire. Mais l’image de l’école, comme moyen deréussite sociale, semble mise à mal dans les familles avec le poids du chômage, tandis que la concentration des élèves étrangers dans des établissements sans mixité de milieux sociaux et de niveaux scolaires ne facilite pas leur réussite.

Au lycée, une sélection plus indirecte

La part des élèves orientés en filières professionnelles est très importante. Elle n’est pas toujours une réussite du fait, principalement, d’un manque d’information des familles les plus « défavorisées » et d’un nombre important d’abandons et d’échecs en BEP, et en bac professionnel. 
Au baccalauréat, deux lycées publics roubaisiens apportent une plus-value importante dans la réussite au baccalauréat : le lycée professionnel Lavoisier et, dans une moindre mesure, le lycée professionnel Jean Moulin.

2- EVOLUTION DEMOGRAPHIQUE

Entre 2000 et 2004, une hausse démographique ne bénéficiant pas aux établissements publics

Le nombre d’élèves scolarisés dans le secondaire et résidant dans les quartiers prioritaires de Roubaix augmente un peu en quatre ans (+0,5% par an) alors qu’il diminue en moyenne dans l’arrondissement (-1,1% par an). Cette croissance démographique s’explique uniquement par le dynamisme de la natalité et la pyramide des âges roubaisienne. 
Cette
vitalité démographique ne profite pas aux établissements secondaires publics roubaisiens puisque, pendant la même période, les collèges publics perdent en moyenne 3,5% d’effectifs par an, les lycées publics 1,3%. A l’exception du collège Anne Frank qui gagne quelques effectifs, tous les collèges publics sont concernés, en particulier ceux situés à l’est de la commune (Albert Samain, Maxence Van der Meersch et Jean-Baptiste Lebas). Ces pertes d’effectifs occasionnent, d’après les personnes rencontrées, la disparition de 4 à 5 postes par an dans les collèges roubaisiens.

3- EVOLUTION DU PROFIL SOCIAL

Persistance d’une situation sociale très difficile

D’après les statistiques fournies par le Rectorat, la part des élèves issus de familles de PCS « défavorisées » a diminué, entre les rentrées 2000 et 2004 à Roubaix (-1,1 point) et dans ses quartiers prioritaires (-2,1 point) où elle demeure toujours extrêmement élevée (75%). Les baisses les plus importantes concernent le Cul de Four – ECHO, le Nouveaux Roubaix – Hauts Champs et le Pile. Ce taux reste extrêmement élevé : de 74,7% en moyenne dans les quartiers prioritaires, en particulier dans les quartiers de l’Alma – Fosse aux Chênes et du Pile (avec plus de 80%), ainsi que dans cinq autres quartiers enregistrant entre 75% et 80% (Sainte Elizabeth, Hommelet, Trois Ponts – Sartel – Carihem et Fresnoy – Mackellerie –Armentières).
 Les acteurs de terrains sont très étonnés par la baisse enregistrée par les
statistiques. Selon eux, elle ne doit pas être interprétée comme une amélioration de la situation sociale des roubaisiens pendant cette période. En effet, dans le même temps, entre décembre 2000 et décembre 2004, le nombre de demandeurs d’emploi toutes catégories augmente de 0,12% en moyenne par an dans la commune.

Une part d’élèves étrangers en légère baisse

Même s’il convient d’être prudent sur la réalité de la nationalité déclarée, la part des élèves de nationalité étrangère est en légère baisse dans la commune, avec 1,2 point de moins. Elle demeure élevée, à 8,9% (contre 3,8% dans l’arrondissement en moyenne). Ces élèves sont principalement présents dans six quartiers, qui comptent plus de 10% d’élèves étrangers parmi les élèves y résidant : l’Alma – Fosse aux Chênes, le Cul de Four – ECHO, l’Hommelet, le Pile, les Trois Ponts Sartel – Carihem et Anseele – Grand Centre.

4- EVOLUTION DE LA SCOLARISATION

Hausse de l’attractivité des collèges Anne Frank et Madame de Sévigné

En 2000, seuls deux collèges publics roubaisiens étaient attractifs au regard des demandes de dérogation aux secteurs de recrutement : le collège Baudelaire accueillant une population plutôt « favorisée » et le collège Maxence Van der Meersch qui recueille de nombreuses demandes pour des raisons de problèmes d’accessibilité au collège Albert Samain. En 2004, on compte deux collèges supplémentaires présentant plus de demandes pour y entrer que pour en sortir : le collège Anne Frank dans le quartier de l’Alma – Fosse aux Chênes et le collège Madame de Sévigné dans le quartier Anseele – Grand Centre. Ces regains d’attractivité s’expliquent par un travail spécifique réalisé par les principaux sur le lien avec les écoles, et l’information des parents et des élèves de CM2 sur leurs établissements.

Hausse du recours au privé au collège, stabilisation au lycée

La part des collégiens résidant à Roubaix et inscrits dans l’enseignement privé augmente de 5,6 points en quatre ans, atteignant 43,7% (contre +3 points dans l’arrondissement avec 41,2%). D’après les personnes interrogées, cette augmentation du recours au privé est liée au passage en collège car on n’observe pas le même phénomène au niveau de l’élémentaire. D’après ces personnes, la hausse du recours au privé en collège se prolonge en 2005. 
Selon
l’Inspection académique le mouvement se poursuivra en 2006, puisqu’on estime que 742 élèves de CM2 des écoles primaires publiques de Roubaix n’iront pas dans un collège public à la rentrée. 
D’après les personnes rencontrées, le recours au privé est motivé par plusieurs
raisons : le désir des populations les moins en difficultés de rester entre elles, l’impression d’offrir plus de chances de réussite à son enfant, la demande d’un service par l’encadrement de l’enfant de 8 heures à 18 heures. Ce recours important au privé est problématique car il concerne de manière importante la population la plus « favorisée ».

La légère amélioration du profil social des familles dans les quartiers ne se retrouve pas dans les collèges

La part des élèves issus de familles de PCS « défavorisées » dans les collèges roubaisiens reste en moyenne la même en 2004 qu’en 2000, alors qu’elle diminue légèrement dans les quartiers (-1,2 point). Quelques baisses sont observées dans les établissements où la population est la plus massivement en difficulté (dans les collèges Jean-Baptiste Lebas, Albert Samain et Anne Frank), mais les taux d’élèves « défavorisés » restant très élevés (plus de 85%), cela ne représente pas une différence pour les acteurs de terrain. Au collège Anne Frank, cette baisse est en lien avec celle des boursiers (passage de 85% à 81% d’élèves boursiers hors Segpa), mais dans les collèges Jean-Baptiste Lebas et Albert Samain, cette baisse est contredite par la hausse de la part des boursiers (respectivement +11 points passant à 80% d’élèves boursiers, et +8 points passant à 85%).

En revanche, la hausse de la part des populations les moins « favorisées » au sein du collège Baudelaire (+11,6 points, atteignant 52,1%) est fortement ressentie dans l’établissement selon le principal et confirmée par la hausse de la part des boursiers. Cette évolution est certainement à mettre en lien avec la hausse du recours au privé dans le quartier Vauban –Barbieux – Edouard Vaillant. De même, certains collèges privés de la commune accueillent une part de plus en plus importante d’élèves issus de familles de PCS « défavorisées » : le collège Pascal (59,8%) et le collège Saint-Michel (67,8%). En particulier, au collège privé Pascal, la part des boursiers augmente considérablement passant de 30% à 51% en quatre ans.

Six collèges de Roubaix comptent plus de 84% d'élèves issus de familles de PCS« défavorisées », plus de 70% de boursiers et accueillent donc des publics complètement homogènes : Anne Frank, Jean-Baptiste Lebas, Madame de Sévigné, Albert Samain, Jean- Jacques Rousseau, Sainte-Marie et Maxence Van der Meersch. Trois collèges accueillent une population intermédiaire où subsiste une certaine mixité sociale : les collèges privés Saint- Michel (68%), Pascal (60%) et le collège public Baudelaire (52%). Deux collèges, privés, accueillent une population nettement plus « favorisée » que la moyenne roubaisienne, Saint- Exupéry (37%) et Jeanne d'Arc (7,5%).

Accentuation de la concentration des élèves étrangers au sein des collèges

Alors que la part des élèves de nationalité étrangère est globalement en baisse dans les collèges roubaisiens, elle augmente dans les deux établissements du quartier Alma – Fosse aux Chênes : +4,2 points au collège Anne Frank atteignant 19,8%, +2,1 points au collège Sainte-Marie atteignant 10,1%. Quatre collèges roubaisiens accueillent plus de 14% d’élèves issus de familles de PCS « défavorisées » : Anne Frank, Madame de Sévigné, Albert Samain et Maxence Van der Meersch.

Renforcement de la spécificité des lycées professionnels, maintien d’une plus grande diversité dans les lycées généraux et technologiques

En 2004, comme en 2000, les lycées professionnels roubaisiens accueillent les parts les plus importantes d'élèves issus de familles de PCS « défavorisées ». Les quatre lycées professionnels publics enregistrent des taux de plus de 80% à la rentrée 2004, contre trois en 2000 : le lycée professionnel public Louis Loucheur accueille, en effet, une population légèrement moins « défavorisée » en 2000 avec un taux de 74,4% d' élèves issus de familles de PCS « défavorisées » contre 84,6% en 2004, soit +10,2 points.

Dans les lycées généraux et technologiques, la part des élèves issus de familles de PCS « défavorisées » est plus variée selon les établissements : de 75,7% au lycée Jean Moulin à 20,5% au lycée ESAAT. Entre ces deux établissements, on trouve des lycées « intermédiaires » accueillant tous les types de publics : un public assez « défavorisé » mais plus mélangé pour les lycées Maxence Van der Meersch (62,6%), Léonard de Vinci (60,7%) et Jean Rostand (57%), un public proche de la moyenne de l'arrondissement dans les lycées Saint-Martin (49,9%) et Baudelaire (49,8%), un public un peu plus « favorisé » que la moyenne de l'arrondissement au lycée Saint-Rémi (32,1%). Dans les lycées généraux et technologiques, les évolutions les plus importantes sont à la baisse du taux d’élèves issus de familles de PCS « défavorisées » et concernent les lycées Léonard de Vinci (-9,2 points) et ESAAT (-7,9 points).

5- EVOLUTION DES PARCOURS SCOLAIRES

Un retard en sixième stable à un niveau élevé

Globalement, la part des élèves de sixième en retard de deux ans ou plus est stable dans les collèges roubaisiens alors qu’elle diminue dans l’arrondissement. Ce taux de retard reste élevé (8,3% en moyenne, contre 4% dans l’arrondissement de Lille).

Toutefois, collège par collège, les variations peuvent être importantes en fonction des différentes politiques de redoublement menées par les écoles, ainsi qu’en fonction des retours d’élèves de Belgique, ou de l’arrivée d’élèves primo-arrivants. 
Les parts les plus
élevées concernent les collèges Anne Frank, Jean-Baptiste Lebas, Madame de Sévigné et Jean- Jacques Rousseau, alors que les équipes enseignantes des secteurs des collèges Albert Samain et Maxence Van der Meersch ont choisi d’appliquer plus strictement les consignes sur la suppression du redoublement.

Aux évaluations nationales à l’entrée en 6ème, des résultats en baisse en français, en hausse en mathématiques

Comme la plupart du temps dans les quartiers de la géographie prioritaire, les résultats aux évaluations nationales à l’entrée en sixième sont en baisse en français et en hausse en mathématiques entre les rentrées 2000 et 2005. En particulier, les résultats sont fortement en baisse en français au collège Baudelaire, collège où par ailleurs la proportion d’élèves issus de familles de PCS « défavorisées » augmente beaucoup. A l’inverse, les résultats sont en amélioration pour les deux matières au collège Anne Frank, collège qui trouve un regain d’attractivité pendant cette période.

Les acteurs de l’Education nationale interrogés soulignent que de nombreuses écoles de Roubaix obtiennent des résultats supérieurs aux moyennes nationales en Réseau d’Education Prioritaire. Ils insistent sur l’importance du suivi individualisé des élèves qui a été mis en place grâce aux moyens offerts dans le cadre des différents dispositifs d’éducation prioritaire : REP, Réussite éducative, Ambition – réussite.

Hausse de l’orientation en seconde générale et technologique

En moyenne, dans les collèges roubaisiens, la part des élèves de troisième orientés en seconde générale et technologique augmente de presque 7 points en quatre ans, atteignant 52%. Les hausses les plus importantes concernent les collèges privés : Jeanne d’Arc, Pascal, Saint-Michel et Saint-Exupéry. Deux collèges publics voient également augmenter l’orientation vers les filières générales et technologiques : le collège Anne Frank (+6 points, atteignant 44,2%) et le collège Madame de Sévigné (+3,8 points, atteignant 47,2%).

A l’inverse, l’orientation en filières professionnelles augmente dans la plupart des collèges publics en lien avec la volonté de valoriser ce type d’enseignement et grâce à une politique de dialogue avec les familles pour le choix de l’orientation.

Des résultats au baccalauréat en lien avec l’évolution du profil social des familles

Parmi les sept lycées généraux et technologiques de Roubaix dont les résultats au baccalauréat sont connus en 2004, cinq apportent une plus-value pour l’accès de leurs élèves depuis la seconde jusqu’au diplôme compte tenu de l’origine sociale et de l’âge des élèves :Saint-Martin et Saint-Rémi dans l’enseignement privé, Jean Rostand, l’ESAAT et Baudelaire dans l’enseignement public. 
Les deux lycées généraux et technologiques qui n’apportent pas
de plus-value pour l’accès de seconde au diplôme, Maxence Van der Meersch et Jean Moulin, sont les deux établissements qui accueillent les parts les plus élevées d’élèves issus de familles de PCS « défavorisées » (respectivement 63% et 76%). 
Ces établissements accueillent
très régulièrement des élèves n’ayant pas vocation à préparer le baccalauréat (primo arrivants en attente d’une orientation en BEP par exemple). Il est donc difficile de comparer le taux d’accès au baccalauréat de leurs élèves avec ceux des élèves des autres établissements.

Parmi les six lycées professionnels roubaisiens, deux assurent une plus-value pour l’accès de première au baccalauréat : il s’agit des deux lycées privés, Gilbert Cesbron et Léonard de Vinci. Là aussi, les lycées publics, qui présentent une moins-value, accueillent la population la plus « défavorisée » (plus de 80% d’élèves issus de familles de PCS « défavorisées » contre 60% à 65% dans le privé).

Les acteurs interrogés soulignent que certains lycées privés sélectionnent les élèves avant la seconde. Il y a donc une inégalité entre les deux systèmes d’enseignement, l’un pouvant « trier » ses élèves à l’entrée et l’autre accueillant le plus grand nombre.

Partager cet article
Repost0
30 décembre 2007 7 30 /12 /décembre /2007 17:33
Vous trouverez ci dessous une excellente interview de V Geisser, réalisée il y a trois ans à l' occasion de la parution de son ouvrage. Elle aidera peut être des conseillers municipaux roubaisiens telle que l' hystérique Mme C Becquart ( UMP ) qui s' est attaqué au Centre Culturel du Monde Arabe, à Rencontre et Dialogue, à l' Association Nouveau Regard sur la Jeunesse, à Pastel fm ainsi qu' à ma personne, à apprendre le sens de la nuance plutôt que de multiplier les oeillades en direction du Front National.

La nouvelle islamophobie  par Vincent Geisser

 

 

Nous avons interrogé Vincent Geisser, chercheur à l’Institut de recherches et d’ études sur le monde arabe et musulman (CNRS), dont le livre analyse avec une grande rigueur tous les mécanismes d’une islamophobie plurielle qui se manifeste en France au niveau d ’une certaine élite politique, intellectuelle et médiatique. Un livre incontournable !

 

Il y a selon vous une « islamophobie à la française », qui se greffe sur un contentieux historique, au sein duquel l’islam est à la fois considéré comme une religion en voie de francisation et un problème national.

 

En effet, ma thèse est que la nouvelle islamophobie n’est pas simplement une réactualisation du racisme anti-arabe, anti-maghrébin et anti-immigré. Elle constitue également une religiophobie, en ce sens que c’est bien l’élément religieux qui est visé par une telle haine. Celle-ci s’inscrit dans une forme de paradoxe « à la française » : les Musulmans sont de plus en plus considérés comme des Français « à part entière » et pourtant l’islam est toujours représenté comme une « religion » qui fait problème national. C’est un peu comme si, l’on admettait que les Musulmans puissent être français mais en leur demandant de « diluer » leur religiosité, parce que celle-ci est toujours perçue comme un obstacle au processus d’assimilation. D’où les nombreuses tensions qui peuvent surgir ici et là qui sont moins le fait des Musulmans que du regard de l’Autre : le Musulman tend être identifié à un « bon Français » à partir du moment où il se dépouille des signes de religiosité. Le recours récurrent à des expressions, telles que « Musulmans laïques » ou « Musulmans modérés », est le symptôme de cette crispation nationale. On signifie par là que tous les autres Musulmans sont des « radicaux », « intégristes », voire, plus grave, des « apprentis terroristes ».

En fait, nous sommes encore dans une configuration assimilationniste qui ne veut pas dire son nom. Le paradoxe est que ce sont souvent des élites laïques qui la défendent avec le plus de vigueur : au nom des valeurs de la liberté et de la tolérance, elles expriment leur rejet de tout ce qui serait contraire à la « civilisation française », supposée être « la mère » de l’universalisme. Derrière le rejet du Musulman pointe aussi le rejet du Juif, mais là il y a un tabou. Le rejet du voile est aussi une autre manière d’exprimer le rejet de la kippa. Mais l’on peut relever une nuance de taille : dans le premier cas, on suscite une polémique médiatique et on créé une « commission de réflexion sur la laïcité » ; dans le second cas, on préfère se taire, parce que l’on a peur d’être taxé d’antisémite.

 

Tout en rappelant la recrudescence des actes islamophobes ces dernières années, vous consacrez plusieurs pages dans votre ouvrage au nouveau visage de la discrimination que vous appelez « l’islamophobie professionnelle ». Comment cette islamophobie se traduit-elle exactement ?

 

C’est encore un terrain d’enquête totalement vierge. Les études sociologiques sur cette question de l’islamophobie professionnelle sont extrêmement rares. Mon livre lance un appel en ce sens : recenser de manière plus systématique tous les actes islamophobes dans les milieux professionnels, mais aussi dans l’attribution des logements et les espaces semi-publics (entreprises, cafés, restaurants…). Sur ce plan, la France est très en retard sur les Etats-Unis qui, par tradition libérale, accordent beaucoup d’importance et de moyens à la lutte contre l’islamophobie. J’entends par islamophobie professionnelle, la discrimination qui ne vise plus exclusivement les référents ethniques, culturels ou raciaux mais aussi les registres religieux. C’est une discrimination qui s’attaque aux signes visibles de la « religiosité musulmane ».

Toutefois, je différencierais deux registres :

  • L’islamophobie professionnelle implicite : elle s’en prend aux porteurs de signes de visibilité religieuse en se réfugiant derrière l’argument de la laïcité. En somme, c’est une islamophobie qui se cache derrière les valeurs dites « universalistes » et qui touche en priorité les jeunes filles et les femmes portant le hijeb. En somme, ces dernières ne sont pas considérées comme « dignes » d’exercer une activité professionnelle dans les espaces publics ou semi-publics, parce qu’elles seraient supposées être porteuses d’une idéologie néfaste et surtout contre-productive : les femmes voilées risqueraient de faire fuir les clients ou les usagers. C’est un argument que l’on entend souvent dans la bouche d’entrepreneurs privés ou de hiérarques de la fonction publique.

  • L’islamophobie professionnelle explicite : dans certains secteurs économiques, les musulmans croyants et pratiquants tendent à être considérés comme « dangereux ». Ce sont des salariés « à risque ». Je pense personnellement que ce type d’islamophobie est amenée à se développer dans les prochaines années. Là aussi, il y a un paradoxe : alors que les populations françaises de culture musulmane s’insèrent désormais dans tous les secteurs professionnels (mobilité intergénérationelle), les Musulmans croyants et pratiquants rencontrent de plus en plus de difficultés. C’est un peu comme si on leur disait : dépouillez-vous de vos signes de religiosité et on vous engagera.

 

 

Mais, comme je l’ai signalé dans mon livre, l’islamophobie professionnelle est encore peu explorée. Je le regrette en tant que sociologue. Je constate également que les associations musulmanes de France se sont peu investies sur cette question, contrairement à leurs homologues américains qui font un véritable travail sur le plan des enquêtes statistiques et des poursuites judiciaires. Bien sûr, il ne faut pas tomber dans le communautarisme en criant « au loup », chaque fois qu’un Musulman rencontre des difficultés dans son activité professionnelle. Il ne faut pas verser dans le « martyrisme », en voyant de l’islamophobie partout. Toutefois, les associations musulmanes françaises ont encore beaucoup de travail à faire en ce domaine et cela pourrait devenir un terrain d’action privilégié dans les années à venir, en étroite coopération avec les pouvoirs publics, les centres de recherches et les cabinets d’avocats. En quelque sorte - sans vouloir faire de jeux de mots - il est nécessaire de professionnaliser la lutte contre l’islamophobie professionnelle en se dotant de réels moyens d’investigation qui nous éviteraient de tomber dans le phénomène de la rumeur.

 

Vous évoquez une autre forme d’islamophobie, celle des médias qui certes n’ont pas créer l’islamophobie mais contribuent à la banaliser en véhiculant notamment une vision sécuritaire des enjeux de l’islam de France.

 

Dans leur grande majorité, les médias et les journalistes ne sont pas islamophobes. Sur ce plan, il est nécessaire de rester nuancé. Toutefois, l’effet d’ensemble contribue à créer une « atmosphère islamophobe ». La raison principale est que le discours médiatique sur l’islam en général traite presque toujours d’un phénomène particulier : l’islamisme et le terrorisme. C’est un peu que comme si pour parler du judaïsme, on montrait exclusivement les extrémistes religieux d’Israël. Une telle posture est réductrice, voire malhonnête. De plus, j’ai analysé, dans mon ouvrage, ce que j’appelle la « mise en scène de l’islam de France ». D’une manière générale, les articles des journalistes sont plutôt objectifs et modérés mais c’est l’ensemble qui produit un « effet de peur ». Car, en effet, les articles sont souvent accompagnés de photographies qui représentent les musulmans sous les mêmes postures : un groupe en prière, des jeunes filles voilées, des islamistes radicaux, etc. Comme l’écrivait, il y a quinze ans déjà, Franck Frégosi (CNRS-Strasbourg), l’islam n’est perçu médiatiquement qu’à travers le prisme de l’islamisme radical. En somme, les médias participent à renforcer les préjugés négatifs sur l’islam et les Musulmans. Ils se livrent à ce que j’appelle du « prêt-à-clicher islamique », c’est-à-dire à une mise en scène sur des registres catastrophistes. Il faut dire que la « peur de l’islam » se vend bien médiatiquement : elle permet aux hebdomadaires généralistes d’augmenter considérablement leurs ventes dans un contexte de crise économique de la presse française (baisse du nombre de lecteurs-acheteurs).

Sur ce plan, il convient, non plus, de ne pas tomber dans le misérabilisme et le martyrisme. Les Musulmans de France peuvent inverser cette image négative en développant une véritable stratégie de communication et en jouant pleinement la carte de la « transparence », même si celle-ci peut réserver parfois des surprises. A ce titre, une initiative telle que la votre, Oumma.com, me semble très prometteuse pour l’avenir médiatique des Musulmans : c’est devenu un site de référence, très consulté par les chercheurs, les journalistes et les citoyens ordinaires qui désirent s’informer sur l’islam et la vie de la communauté musulmane de France.

A l’exception de quelques initiatives, comme la vôtre, les associations musulmanes souffrent d’un déficit de stratégie de communication. Bien sûr, cela ne résoudra pas tout mais la « bataille » de l’image et du discours me paraît un véritable défi pour lutter contre l’islamophobie.

 

 

Vous affirmez que l’islamophobie intellectuelle en France n’a rien « d’intellectuelle » et qu’elle épouse les mêmes formes triviales que l’islamophobie populaire. Comment expliquez-vous justement l’islamophobie de ces intellectuels que vous surnommez les nouveaux gardiens du temple médiatique ?

 

En effet, mon ouvrage montre que certains intellectuels français ont une grande part de responsabilité dans la diffusion et la banalisation de la nouvelle islamophobie. Cependant, leur islamophobie n’a rien d’intellectuelle en soi. C’est davantage une « intellectualisation » des préjugés populaires sur l’islam. Mais la grande différence avec les citoyens ordinaires réside dans le fait qu’ils disposent de tribunes médiatiques qui leur confèrent une stature. De nombreux intellectuels français ont renoncé à leur fonction critique. Ils s’engouffrent dans les clichés communs sur l’islam et les Musulmans. Aujourd’hui, tout intellectuel qui se respecte doit avoir un discours pré-construit sur l’islam. Pour preuve, le nombre d’ouvrages et d’essais qui traitent de l’islam et des « dangers de l’islamisme », écrits par des auteurs n’ayant pourtant aucune connaissance en ce domaine. L’islam est un objet investi socialement par les catégories intellectuelles et qui leur permet d’exister sur la scène publique. En revanche, la parole des islamologues tend à être marginalisée. Les intellectuels médiatiques n’ont, eux, aucun problème à se faire entendre car ils réduisent la complexité de la situation des musulmans en France à un danger unique : « l’islamo-terrorisme ». C’est bien dans un discours de simplification extrême que certains intellectuels français trouvent aujourd’hui leur légitimité auprès des médias et des institutions publiques. A l’opposé, les discours qui visent à réintroduire une certaine complexité dans la compréhension des phénomènes sociaux sont rejetés. Pour être sûr de passer à la télévision aujourd’hui, il faut jouer sur le fantasme de la « menace islamique », au risque d’être taxé d’angélisme, si vous ne respectez pas cet impératif.

 

 

Il existe en France un discours qui tend à établir un lien de causalité entre l’émergence d’un antisémitisme et « l’islamisation des banlieues françaises ». Selon vous, l’antisémitisme devient en fait un prétexte pour parler d’un autre objet : l’islam et ses formes « dévoyées » (l’islamisme et le fondamentalisme).

 

Dans mon ouvrage, je ne nie pas le phénomène de l’antisémitisme, au contraire. Mais je critique fortement les auteurs comme Alain Finkielkraut. Pierre-André Taguieff ou Shmuel Trigano qui expliquent que l’antisémitisme actuel est produit presque exclusivement par ce qu’ils appellent les « jeunes arabo-musulmans ». Pour ces auteurs, l’antisémitisme serait l’émanation de la xénophobie des banlieues à l’égard des Juifs. Ce qui est grave, c’est que leurs propos accusatoires ne se fondent sur aucune analyse sociologique rigoureuse. Ils fonctionnent principalement sur le registre de la dénonciation et de la généralisation. Pire, la thèse de la « nouvelle judéophobie » tend à nier la spécificité historique du génocide de la Seconde guerre mondiale. En comparant les « jeunes beurs » à des SA ou des SS du parti nazi, on touche à la mémoire et on l’instrumentalise. On en vient à nier la présence encore néfaste d’un antisémitisme d’extrême droite et du négationisme. Pour ces auteurs, la seule obsession est l’islamisme de banlieues. En fait, leurs ouvrages constituent moins des analyses fines sur le renouveau de l’antisémitisme en France (phénomène inquiétant) qu’une mise en scène du péril islamiste.

Ma critique ne me conduit pas à nier l’existence d’un réel antisémitisme dans certains milieux islamistes radicaux. Il existe bien une forme d’« antisémitisme musulman » et il est de notre devoir de sociologue de l’étudier. Je partage d’ailleurs cette opinion avec certains intellectuels musulmans comme Tariq Ramadan qui en appellent à lutter, de manière énergique, contre toutes les formes de xénophobie et d’antisémitisme dans les communautés musulmanes. Mais pour lutter, il faut aussi étudier le phénomène et éviter de tomber dans la dénonciation grossière de type « l’antisémitisme, c’est la faute aux Musulmans ! ». C’est un discours culpabilisant qui est contre-productif.

 

Vous notez que certains leaders médiatiques musulmans cautionnent les dérives islamophobes d’acteurs non musulmans. Vous qualifiez ces leaders de « facilitateurs d’islamophobie » Pouvez-vous nous définir les différents types d’acteurs de ces facilitateurs ?

 

C’est peut-être la partie la plus inattendue de mon ouvrage. Je démontre, en effet, que certains leaders qui se prétendent « musulmans » contribuent, aujourd’hui, au développement de l’islamophobie. Pour eux, c’est une rente de situation. Ils jouent à plein sur leur image d’élites musulmanes « modérées » pour faire une carrière dans l’espace public français. Je distingue trois catégories principales.

D’abord, les « Politiques », comme Rachid Kaci de l’UMP ou Malek Boutih du PS, qui instrumentalisent le fantasme d’un « péril islamiste » dans les banlieues pour « se faire une place » dans leur parti. Dire du mal des Musulmans est devenu à la mode chez certains leaders politiques d’origine maghrébine.

Ensuite, les « Religieux », comme Soheïb Bencheickh et Dalil Boubakeur, qui tentent de monopoliser la parole de la communauté musulmane auprès des pouvoirs publics et des médias. Pour se faire, ils accusent les autres associations et organisations musulmanes d’être des islamistes en acte et en puissance. Je pense que ces leaders musulmans autoproclamés ont une très grande responsabilité dans la banalisation de la nouvelle islamophobie. Leur discours sécuritaire sur l’islam contribue à renfoncer l’idée que les Musulmans de France doivent être « matés » et étroitement surveillés.

Enfin, la dernière catégorie, les « Intellectuels algériens éradicateurs » qui ont importé en France leur combat idéologique contre l’islamisme. Le problème de ces intellectuels algériens, c’est qu’ils ont tendance à confondre la situation française avec le contexte de guerre civile en Algérie. Ils transposent leur vécu dramatique en France et tombent souvent dans la caricature, de type « l’UOIF, c’est comme le GIA ». Ce qui me paraît grave, c’est que ces intellectuels algériens ont acquis une véritable audience. Ils jouent à fond sur la culpabilité occidentale pour développer leurs propos haineux à l’égard des Musulmans croyants et pratiquants, comme s’ils étaient les seuls à détenir les clefs d’un « islam modéré ».

 

Est-il encore possible en France de dépasser tous ces préjugés sur l’islam et les musulmans ?

 

L’on m’a souvent posé la question et j’éprouve toujours la même difficulté à y répondre. Certains disent que l’islamophobie procède de l’ignorance sur l’islam et les Musulmans. Pourtant, la France est l’un des pays européens où les ouvrages, articles et institutions traitant de l’islam sont les plus nombreux. Personnellement, je ne crois pas que l’islamophobie relève d’un problème de connaissance « objective ». Regardez, l’on constate aussi que certains grands spécialistes, islamologues et/ou arabisants, sont parfois islamophobes. Le progrès de la connaissance sur le fait musulman en général peut contribuer sans aucun doute à faire reculer les clichés et les préjugés xénophobes. Mais, selon moi, c’est la connaissance « pratique » qui compte le plus. Or, celle-ci ne s’apprend pas dans les livres mais dans la rue. C’est tout le paradoxe de la France d’aujourd’hui avec lequel nous devons vivre : mère de l’universalisme, nation d’accueil de nombreux musulmans immigrés et exilés, elle est aussi une terre d’islamophobie. C’est donc sur le long terme que l’on peut espérer voir reculer l’islamophobie « à la française ». Mais cela nécessite une tache de longue haleine, tant du point de vue du travail d’investigation, que des mobilisations citoyennes contre l’intolérance

Partager cet article
Repost0

Articles Récents

  • https://t.co/W6Mh5QJAgv
    https://t.co/W6Mh5QJAgv slimane tir (@slimanetir) March 13, 2023 Après dix jours de débats houleux au palais du Luxembourg, les sénateurs ont voté majoritairement en faveur de l'adoption de la réforme des retraites, ce 11 mars. Dans les Hauts-de-France,...
  • @realmarcel1 @FleurAvr La vérité n est jamais...
    @realmarcel1 @FleurAvr La vérité n est jamais sortie du Puy .. du fou ! slimane tir (@slimanetir) March 13, 2023
  • RT @QuelleEpoqueOff: 🗣️ "Le passage en force"...
    RT @QuelleEpoqueOff: 🗣️ "Le passage en force" de la #ReformeDesRetraites "va favoriser l'extrême-droite", prédit @JeanViard 📺 #QuelleEpoq… slimane tir (@slimanetir) March 13, 2023
  • @faureolivier Venere la SE peu connue ? Là où...
    @faureolivier Venere la SE peu connue ? Là où finit la fausse bonne idée du "panier anti inflation" ? slimane tir (@slimanetir) March 13, 2023
  • RT @MouMou_Guichard: 📻 À 13h, je serai...
    RT @MouMou_Guichard: 📻 À 13h, je serai l'invité de @ali_rahni sur @pastel_fm pour évoquer la nouvelle formule de @libhebdo l'hebdo des Haut… slimane tir (@slimanetir) March 13, 2023
  • RT @gerardfiloche: @laurent_aspis @olivierdussopt...
    RT @gerardfiloche: @laurent_aspis @olivierdussopt https://t.co/YMzKcfwxMU slimane tir (@slimanetir) March 12, 2023
  • @jattali @HerveBerville
    @jattali @HerveBerville Une posture d'abdication face à la surexploitation de la ressource halieutique, symptoma… https://t.co/E0ZtdgZnB1 slimane tir (@slimanetir) March 12, 2023
  • RT @BillFrancois24: @publicsenat @HerveBerville...
    RT @BillFrancois24: @publicsenat @HerveBerville Honte à ce sinistre clown qui ne connaît rien à la mer et n’a que le profit des multination… slimane tir (@slimanetir) March 12, 2023
  • @TaoufiqTahani https://t.co/8ZRpNuPwBY
    @TaoufiqTahani https://t.co/8ZRpNuPwBY slimane tir (@slimanetir) March 12, 2023 durée : 00:03:04 - Géopolitique - par : Pierre Haski - Une nouvelle journée de " résistance " a eu lieu hier en Israël, contre les réformes du premier ministre. Le Président...
  • RT @LatifaIbnZ: Nous sommes le 11 mars, cette date...
    RT @LatifaIbnZ: Nous sommes le 11 mars, cette date qui résonne amèrement dans mon cœur. Ce dramatique 11 mars où l’on m’a enlevé mon fils c… slimane tir (@slimanetir) March 11, 2023