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16 octobre 2009 5 16 /10 /octobre /2009 15:54

8 octobre 2009 – MALMÖ

 

Intervention de Monsieur Slimane TIR

Président de l’Espace Naturel Lille Métropole

Vice-président de Lille Métropole Communauté urbaine.

 

Madame

Mesdames, Messieurs,

 

C’est un très grand honneur, pour le Parc de la Deûle, d’être ainsi distingué par le Conseil de l’Europe.

Mme Martine AUBRY, présidente de Lille Métropole Communauté urbaine m’a demandé de la représenter à cette assemblée. Il  en va de même pour M. Pierre MAUROY, sénateur, ancien premier ministre et ancien président de Lille Métropole Communauté urbaine qui a été à l’origine de ce vaste plan vert. Ni l’un, ni l’autre, ne pouvaient être présents parmi nous  aujourd’hui mais ils m’ont fait part, tous deux, de la joie qu’ils éprouvaient à l’annonce d’une telle distinction.


Ce parc fait partie de la vaste trame verte et bleue que nous mettons progressivement en place autour de Lille depuis bientôt plus de dix ans. Il est symbolique de cette politique originale que notre établissement public a lancé en mettant en œuvre un schéma directeur voté à l’unanimité en décembre 2000. Politique que j’anime depuis 2001.


Lille Métropole Communauté urbaine s’est taillé, sur mesure, une compétence tout à fait originale qui porte le nom de « Espace  Naturel Métropolitain, valorisation du paysage ».  Il s’agit de reconquérir des espaces de nature.  Les Communes  restant compétentes, pour leurs jardins publics,  quelle qu’en soit la taille. La communauté urbaine créé et gère, elle,  de vastes sites où la nature a tous ses droits. La vocation écologique de ces sites est fondatrice.


Notre métropole, et plus généralement la région Nord Pas de Calais, a été longtemps le symbole même d’un développement non durable. Les entreprises polluantes du XIXème siècle ont laissé des blessures profondes.  A la fin du XXème siècle nous avions bien peu d’espaces à préserver. Il fallait recomposer un paysage, redonner à la nature sa place dans une métropole marquée par les friches industrielles. Il était évident que la reconquête sociale et économique passait d’abord par une recomposition écologique.


Dans ce contexte, Pierre Mauroy a relancé, au début des années 90, un projet imaginé vingt ans plus tôt mais jamais réalisé : le Parc de la Deûle.


Entre la métropole lilloise et les anciennes communes du bassin minier de Lens, un canal assurait un lien fragile, sur une vingtaine de kilomètres traversant une zone agricole mitée par de nombreux villages et lotissements. Ce territoire détenait cependant une richesse : plus d’un tiers de la ressource en eau potable de la métropole lilloise coule dans son sous sol.


Au titre de la protection de cette ressource en eau, le Parc de la Deûle était né dans les cartons des aménageurs. Hélas, il se heurta à de nombreux opposants inquiets pour leurs prérogatives, qu’il s’agisse des agriculteurs, des chasseurs ou des industriels et des routiers qui envisagèrent même une autoroute au cœur des champs captants au milieu des années 90.

Il manqua une volonté politique forte à l’époque. 


C’est ainsi que le Parc de la Deûle est sorti des cartons autour d’une évidence les grandes métropoles urbaines doivent offrir à leurs habitants un environnement de qualité. Il y a, à cela, de bonnes raisons sociales mais aussi économiques. Les entreprises tertiaires sont attentives aussi au cadre de vie dans leur choix d’implantation.


 En 1995, un concours international a distingué  une équipe franco belge composée des Paysagiste Jacques SIMON, Jean Noël CAPART et Yves HUBERT.  Nous partions de friches, d’anciens dépôts de boues, de sites pollués au cadmium, au chrome ou abritant pas moins de 900 000 M3 de pneus. Le travail était colossal mais en même temps, l’état de ces terrains nous autorisait un travail en profondeur pour contenir ou éliminer les pollutions, apporter une diversité végétale là où ne poussaient que des peupliers et des saules…


La  «  fabrication » du parc de la Deûle fut d’abord un formidable pari sur la biodiversité.

Ce fut aussi un long travail de communication et de négociation avec le monde agricole pour faire évoluer les mentalités et les pratiques.


Aujourd’hui, des instances de concertation fonctionnent très régulièrement tant avec les élus locaux qu’avec tous les acteurs, consommateurs d’espaces naturels.

Nous avons pu maitriser 350 hectares en gestion directe. Un nouveau site d’une centaine d’hectares est actuellement en chantier. Nous comptons atteindre les mille hectares dans les toutes prochaines années en reliant un autre site existant à quelques kilomètres de ceux que nous avons aménagés D’ici moins de dix ans, on pourra effectivement relier Lille à Lens en traversant un parc sur plus de 20 kilomètres.


Le Parc de la Deûle repose sur 3 principes simples : la nature retrouvée, la nature domestiquée, la nature rêvée.


La nature retrouvée, c’est le formidable travail de génie écologique que nous menons dès que nous prenons possessions de nouveaux espaces. C’est aussi une gestion fine au quotidien par des équipes proches du terrain.


La nature domestiquée traduit l’ensemble des dispositifs de collaboration avec le monde agricole que nous avons mis en place. Aujourd’hui une soixantaine d’exploitations travaillent avec nous soit en insertion paysagère, soit en réseau de services, soit en prestations directes d’entretien des sites.

Par ces dispositifs, les 350 hectares actuels du parc de la Deûle génèrent une zone d’influence d’un bon millier d’hectares. Ainsi, avons-nous un vrai impact sur le paysage.


Enfin, la nature rêvée se traduit par un parc à thème au centre de ce vaste espace du Parc de la Deûle. MOSAIC est un jardin d’une trentaine d’hectares qui met en scène l’ensemble des nombreuses communautés qui forment notre métropole. C’est un jardin contemporain, un jardin d’hommes plus que de plantes.


Notre expérience du parc de la Deûle, nous a conduits, en 2002 à mettre en route un vaste plan vert étayé par une prise compétence officielle et la création d’outils spécifiques. Aujourd’hui l’espace naturel métropolitain se traduit par plus de 1 200 hectares gérés en direct. Le parc de la Deûle a fait des petits.


Nous avons aussi mis en œuvre une vaste politique de liens verts parmi lesquels les canaux jouent un rôle essentiel.  Voici quelques semaines, nous sommes venus à bout d’un colossal chantier de plusieurs années : la remise en navigation d’un canal franco belge de 28 Kilomètres ! Avec ses 13 écluses enfin revenues à la vie, le Canal de Roubaix va permettre non seulement de fortifier un grand lien vert à travers toute la métropole mais aussi  ce canal remis en navigation va revitaliser tout un ensemble de quartiers hérités de l’ère industrielle et souvent sinistrés.


Là aussi, nous œuvrons pour changer fondamentalement un paysage tout en respectant les femmes et les hommes qui y ont vécu.


Enfin, permettez-moi de voir dans ce prix l’expression de l’intérêt du Conseil de l’Europe pour une œuvre qui me tient à cœur : imaginer une vaste stratégie des grands parcs périurbains.


Depuis  une bonne année, mes collègues italiens, espagnols, portugais, belges et français m’ont élu à la présidence de FEDENATUR. Cette organisation réunit des gestionnaires de grands parcs périurbains souvent de plusieurs milliers d’hectares, aux portes des grandes métropoles européennes.

A Milan,  Rome, Lisbonne, Bruxelles ou Barcelone, il est impérieux de favoriser le maintien, la restauration de grands espaces de nature trop souvent considérés comme de simples réserves foncières.


Les parcs périurbains me semblent oubliés des politiques européennes. On parle des réserves naturelles, des parcs régionaux mais jamais de ces vastes ensemble à la porte des villes qui doivent jouer un rôle essentiel dans la biodiversité, l’accueil des populations, l’image des grandes métropoles et par la même leur développement économique.


Les parcs périurbains sont fragiles. Ils représentent des espaces convoités. Ils ont besoin d’une protection spécifique, de moyens de développement adaptés. La pression urbaine y est majeure.


La cité de demain sera verte et bleue, solaire et  numérique.


 Pour qu’elle soit verte, il faut qu’elle puisse générer des espaces suffisamment vastes pour répondre aux fonctions écologiques et sociales que l’on est en droit d’en attendre.  Loin des squares et jardins publics, les espaces naturels métropolitains doivent pouvoir être mis en réseau, se relier par des voies vertes à modes de déplacement doux.


Nous nous y efforçons à Lille Métropole depuis plus de dix ans. Le Prix que vous nous remettez aujourd’hui ne peut que nous convaincre de persévérer dans cette voie.


Permettez-moi, enfin, d’associer à cet hommage, les équipes tant privées que publiques qui contribuent chaque jour à concevoir, gérer et développer cette trame verte. Je salue ainsi la présence parmi nous d’Yves Hubert, architecte paysagiste et urbaniste qui a cru au parc de la dès 1995. J’aurai aussi une pensée chaleureuse pour Jacques SIMON, l’un des plus grands paysagistes français  qui lui aussi s’est passionné pour notre aventure commune. Hélas, sa santé ne lui a pas permis d’être des nôtres aujourd’hui mais nous sommes nombreux à lui souhaiter un prompt rétablissement.


Chers amis, il ne me reste plus qu’un vœu à formuler : que notre collaboration s’intensifie et  que les grands parcs périurbains soient, très vite, des acteurs reconnus et incontournables d’une grande politique européenne des trames vertes.


Sur la métropole lilloise, notre effort continue. Nous entamons un nouveau mandat avec une ambition clairement affichée : conquérir, créer et gérer plus de 2 000 hectares supplémentaires de trame verte et mettre en œuvre 250 kms de voies vertes pour les relier. C’est ambitieux mais à la mesure de ce que nous avons pu réaliser à ce jour et surtout à la taille de ce que peut attendre une collectivité d’un bon million d’habitants réunis sur plus de 85 000 hectares dont une bonne moitié de terres agricoles.


Nous sommes résolument engagés dans une politique verte ambitieuse mais qui pourtant ne représente qu’un pour cent du budget de la communauté urbaine de Lille. La Nature vaut bien plus qu’elle ne coûte… Rien à voir avec un échangeur routier et pourtant cette trame verte  apporte à chaque citoyen un mieux vivre tout à fait considérable.


Alors, ne manquons pas d’ambition pour la sauvegarde et la reconquête de nos paysages.


Je suis sûr qu’au cours de ces deux journées, nous allons nous nourrir de vos diverses expériences pour retourner à Lille avec encore plus d’idées et plus de volonté. 


Merci encore pour cette magnifique distinction.

 

 

 

 

 

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Published by Slimane TIR - dans Espaces Naturels
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